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jeudi 5 septembre 2013

Age quod agis

« Puisqu'il en est ainsi, nous devons prendre encore plus au sérieux les enseignements que nous avons reçus afin de ne pas être entrainés à la dérive. »

Que sa recherche soit sur le souffle, « l’énergie » ou l’esprit, que sa voie soit globale ou non, la qualité première au centre des religions comme des mouvements d’évolution spirituelle est l’Attention.

Une attention à Dieu et à son œuvre dans les religions de dévotion, à la nature et à ses manifestations pour les animistes et une « présence à l’attention » pour les voies de non-dualité.

Dans le taoïsme des origines, loin des croyances populaires et pittoresques de la chine moderne, nous allons vers « le retour » ou le « un ».

Cette recherche de l’Unité, de l‘union des fonctionnements humains vers une compréhension intégrale, cette recherche demande une vision de la pratique des différents aspects de notre humanité : corps, souffle et esprit.

Mais quel que soit la facette que l’on veut développer, il y a trois qualités indispensables pour un pratiquant : l’attention, la compréhension et l’étude.

L’esprit, outil de la perception et de l’assimilation des conseils et des enseignements, est au centre des qualités requises : si l’enseignement n’est pas compris, il est impossible de le suivre.

La recherche de l’équilibre des facettes de l’esprit (planification, action, intuitif et instinctif), est un des « retour » qui nous guide vers le Retour global.

Plus l’esprit est « centré », clair et actif, plus il est possible de percevoir juste, de comprendre clairement.

L’esprit est l’outil de préhension du monde, il doit être fiable: c’est la qualité de compréhension.

Quand les questions et les pratiques sont posées pour l’esprit, il faut impérativement le tenir actif et à la limite de ses possibilités : il doit en permanence être dans un chalenge intellectuel qui l’oblige à « courir » après la connaissance, toujours un peu en retard…

Ainsi, dans notre tradition, on parle de garder l’esprit dans l’état de jeunesse de l’enfant. Les dernières recherches sur le cerveau tendent à supporter cette attitude.

Cela ne veut pas dire de ne rien faire, cela veut dire d’avoir trop à faire: C’est la qualité d’étude.

Mais avant tout, plus important que la compréhension et l’étude, il y a la source de tout cela, l’Attention. Il n’y a rien de plus important que l’attention.

L’étude correspond au Jing (l’aspect Yin), la compréhension au Qi (l’énergie) et l’attention au Shen (l’aspect Yang).

Par l’attention soutenue en permanence ( :-) ) nous pouvons rendre Yang, spirituel, tous les aspects de notre vie.

Mais quelles sont les composantes de l’Attention ?

L’attention est la qualité première du Zhen Ren, « l’être humain vrai » et c’est ce qui conduit au Zi Ran (naturel).

Elle demande trois choses : un corps fort, une vitalité débordante et un esprit centré.

Mais c’est cette attention qui est censée nous offrir ces bénéfices…comment faire alors ?

Le travail de l’attention demande avant tout trois choses que nous possédons tous :
  • La puissance de l’effort
  • La répétition de l’action
  • Le sens de l’humour
Nous devons comprendre ce que c’est d’être attentif, en faire le test, puis répéter cette action jusqu’à ce que l’attention soit stable.

Et le sens de l’humour ?

C’est ce qui nous sert le plus, sachant que nous n’allons pas réussir tout de suite…

Être attentif, c’est rechercher l’état de pleine conscience, cet état est un moment qui échappe à l’espace-temps et qui nous reconnecte à l’infini, au divin.

Cet état de pleine conscience, il échappe au mental, il est donc sans souvenir (espace) et sans durée consciente (temps), c’est un moment d’extase bénéfique qui nous connecte un temps à la Source, qui nous baigne de lumière.

Il peut arriver naturellement devant un paysage qui nous parle, avec une présence particulière, devant une œuvre d’art… Ou par une pratique consciente.

Il n’est pas possible de vivre ainsi, dans cet état excessif : il reste un moment particulier de liaison au plus grand, réservé à un moment de la pratique, c’est aussi un état de grâce.

Pour aller vers cet état salvateur, il faut rechercher une qualité première : l’Attention.

L’attention, c’est avoir à l’esprit ce que nous faisons, ce que nous percevons, sans (ou avec le moins possible) de commentaire du mental égotique : c’est être ancré dans le moment présent, vivant sa vie réellement.

Il suffit pour cela de rendre conscient notre action du moment, nos perceptions de l’instant…sans commenter, bien sûr !

Je mange un fruit et toute mon attention est sur le goût, sur la texture et sur la mastication, sans juger, sans commenter… Pouvez-vous faire cela ?

Sûrement quelques secondes, mais ensuite nous cherchons à commenter ce que nous faisons, comparons à des expériences similaires, partons sur des souvenirs réveillés par les sens stimulés… En gros, nous disparaissons de notre instant présent pour nous embourber dans les méandres crasseux de notre mental gluant.

Il suffit, et ce genre de phrase « il suffit » sont toujours traîtresses, il suffit donc de rester là, sans partir dans son esprit.

Comprenez-vous le souci ?

Voyez-vous votre commentaire interne quand je vous dis « Comprenez-vous le souci? »

Voyez-vous votre commentaire interne quand je vous dis « Voyez-vous votre commentaire interne? »

Vous percevez maintenant ce qui va poser problème.

Notre esprit n’aime pas ce qui est de l’ordre de la perception libre, naturelle, car elle échappe au contrôle du mental égotique: il lui faut donc s’approprier l’expérience en attachant au moment un commentaire superflu.

Pour aller vers l’absolu, il nous faut couper les amarres avec les limites de notre égo, il faut le baigner dans l’attention et l’instant présent jusqu’à ce qu’il déborde de conscience, nous donnant la permission de profiter de l’infini.

La répétition nous donne accès à la liberté.

Il est donc nécessaire de comprendre tout cela, de tester ces moments de conscience simples de l’instant et de chercher à répéter l’expérience le plus souvent possible : vous voilà embarqué dans le voyage le plus extrême que vous ferez dans votre existence, une porte vers les étoiles.

L’attention est ce qui fait le plus défaut chez un pratiquant et chez les gens en général, elle demande un travail laborieux et peu rétribuant, mais c’est la clé, le point de contact, vers une voie totale.

Heureusement, il existe nombre de pratiques, d’enseignements et de secrets qui vont cultiver cette attention, pour nous délivrer des chaines de l’égo.

Pour ceux qui ont eu la chance de faire leur initiation dans les secrets de l’alchimie externe taoïste, vous savez de quoi je parle…

vendredi 23 août 2013

L’entrée du Paradis a deux Portes vers l’Enfer

« Parcere subjectis et debellare superbos »

Dans le taoïsme classique, il est souvent fait référence au « Un », à ce retour préconisé dans le chapitre 40 du Daodejing.

Le retour à l’unité demande un travail spécifique, diversifié et faussement progressif.

Nous pouvons cependant dégager trois aspects principaux aux diverses progressions sur la Voie : un travail sur soi, sur le Monde et sur le mystérieux du Ciel.

Cette Voie entre Ciel et Terre est la spécificité taoïste.

Ce retour vers l’unité demande de disséquer notre être, notre vie, nos façons de faire et nos illusions, mais aussi de transmuter ce grossier en lumineux, c’est une Alchimie Globale.

L’entrainement sur la Voie demande de réaliser deux « Alchimies » :

  • Une de l’intérieur vers l’extérieur
  • Une autre de l’extérieur vers l’intérieur

Parlons de ce que nous connaissons bien, dans les différentes écoles de développement spirituel, et qui est le plus pratiqué : le travail de l’intérieur vers l’extérieur.

Par introspection, par recherche sur nous, nous développons une meilleure connaissance de soi.

Cette connaissance nous permet de travailler sur les différentes composantes comprises et nous allons développer tous les aspects qui font de nous des êtres humains, pour arriver à faire jaillir le « Zhen Ren 真人», l’être humain vrai, accompli.

Les dangers de cette étape, c’est d’en oublier la finalité, le monde, les autres…

Cet entrainement est censé nous permettre de mieux nous intégrer au monde, de mieux vivre avec les autres…sauf si nous sommes dans une pratique de retraite du monde (ce qui n’est pas le cas de notre École).

Encore une fois, cette partie de la Voie est d’aller de l’intérieur, notre travail sur nous, vers l’extérieur, le monde et les autres.

Le piège, c’est que dans le développement de soi, on laisse notre ego « exploser », notre individualité regarde le monde avec dédain, nous nous sentons supérieurs… Nous laissons une partie de la Voie mourir, nous nous arrêtons au point de contact avec le monde, à la limite de nos perceptions.

Il est vrai que le travail sur soi permet de mieux se connaitre, de mieux fonctionner dans le monde, d’avoir une vie plus facile, plus fluide.

Regardant ceux qui restent dans le mondain, il est parfois facile de critiquer et de juger : l’inverse de ce que nous dicte la Pratique.

Cet aspect de la Voie nous demande de faire transpirer les qualités de la Pratique dans le monde, avec les autres, pour illuminer notre monde, le rendre plus agréable.

Ce n’est donc pas un développement de l’intérieur vers l’ego, mais de soi au monde, de l’intérieur vers l’extérieur : c’est la voie de l’alchimie interne, ce travail de résolutions de mes soucis avec moi-même pour arriver à régler mes contrariétés avec les autres.

L’alchimie interne est donc une voie qui nous fait sortir de notre ego, pour que notre individualité raffinée puisse donner l’exemple dans le monde.

Les techniques partent du centre du corps pour monter au milieu de notre être et sortir vers le monde : le test n’est donc pas sur nous même, mais sur notre rapport au monde.

Le souci n’est pas vraiment le temps de pratique passé niaisement assis sur ses fondements, mais beaucoup plus la façon dont mon souffle permet une meilleure interaction avec mes voisins.

Le souffle est l’énergie, l’énergie qui m’est demandée pour accepter les avis différents, mais le souffle est aussi lié aux émotions, les émotions qui se doivent d’être stables pour accueillir la balourdise des incultes.

C’est donc vraiment un travail de l’intérieur vers l’extérieur.

Mais il y a l’autre voie, l’autre porte.

Négligée et dénaturée, souvent secrète, l’alchimie externe taoïste permet de se changer de l’extérieur vers l’intérieur.

Par les manipulations et les transformations qui se déroulent devant nos yeux, par les « miracles » qui se réalisent en grappe, par le temps passé à regarder le monde se transformer, nous arrivons à radicalement changer ce qui était « moi ».

Les prodiges de l’alchimie externe ont plusieurs aspects :

  • Les élixirs
  • La recherche de Jing
  • La cuisine
  • La médecine taoïste
  • La contemplation
  • La dissolution

Cette pratique nous oblige à constater avec amertume que nous ne sommes pas parfait et que le travail va être long : elle expose notre besoin d’être rassuré, notre incapacité à la Présence, l’impossibilité de notre égo à suivre des instructions ou encore notre supériorité assumée.

Mais voilà, si parfois on peut se cacher dans sa pratique interne, en filtrant avec ruse nos mensonges les plus gras, la pratique externe ne trompe pas : ça marche pas !

En effet, en suivant les instructions, en se laissant aller à une bonne dose d’attention, en faisant comme on nous a dit : ça marche, le résultat est devant nos yeux, réalisé.

Encore une fois, quand nous essayons les premiers coups, ayant fait fi de nombreuses instructions, mal comprises ou trop simples pour nous, mal écoutées parfois, nous sommes devant une réalité écrasante et intraitable, une évidence flagrante et vraie, une certitude qui prend racine dans la matérialité : « ben, ça marche pas ! »

Quel que soient les croyances les plus grandioses que l’on puisse avoir sur son évolution, quel que soient les mythes majestueux que l’on ai construit sur sa grandeur d’âme : le résultat n’est pas là.

C’est la force de la voie externe, elle nous ramène au réel.

Que cette voie soit première ou en support de la voie interne, les deux aspects de la Pratique nous aident à ne pas succomber au matérialisme spirituel et à nous garder la tête hors d’endroits où elle ne devrait pas être.

Ces deux aspects révélés de la Voie nous donnent une intégralité de Pratique qui nous sauve des aspirations grandioses et de la stupidité obscène : nous ne pouvons succomber au médiocre avec autant de garde-fou.

Quel joie de savoir que nous sommes obligé de contempler notre incompétence pour aller vers une sublimation consciente : deux Portes pour équilibrer notre Recherche.

jeudi 15 août 2013

Trois Portes pour Scruter la Trame de l’Existence

« Ab uno disce omnes »

Dans le taoïsme traditionnel, la chance est un sujet complexe, qui peut demander une étude.

On parle d’une chance qui nous est donnée, d’une qu’il faut comprendre et d’une dernière qu’il faut cultiver.

Le fait est que l’ensemble peut être un travail profond de compréhension du monde et de son existence.

Pourquoi « travailler » la chance alors que dans notre occident brillant « on en a, ou pas » ?

La vision taoïste de l’être humain entre ciel est terre est claire, elle demande de regarder le ciel, la terre et nous autres, la garniture du « sandwich cosmique ».

Nous allons voir que même si la vision de la chance peut paraitre inégale ou figée, chaque aspect compris peut être utilisé pour mieux vivre son quotidien : encore une fois, nous sommes responsables de nos vies.

Rien ne sert de se cacher ou de mentir, de tirer au flanc ou de bouder, de tricher ou de prétendre…notre vie et sa complexité reste la même, notre travail pour être heureux aussi.

La seule manière d’être vraiment heureux vient de l’intérieur, de notre regard et nos perceptions du monde, mais il est possible de donner un sens à tout cela, d’utiliser la Chance sous ces trois aspects.

Le concept de chance dans le taoïsme est triple :

  • La chance du Ciel
  • La chance de l’Humain
  • La chance de la Terre

La chance du Ciel représente ce qui nous a été donné, un subtil mélange d’un choix oublié, de mélanges familiaux et de destin céleste.

Cette chance là, nous pouvons la comprendre par la remise de son Mandat céleste et son discernement.

L’apprentissage du calcul de son mandat céleste permet de voir les mécanismes de ce qui nous à été donné, ainsi que les moyens d’interagir avec cet acquis.

De ce travail, il est possible de dégager une meilleure coordination avec l’Univers et un meilleur timing pour nos actions…le calcul des dates bénéfiques, les Prévisions et autres travaux pratiques.

C’est la compréhension ultime de la non résistance, Wu Wei, cette possibilité d’œuvrer activement à la fluidité de son existence dans les changements du monde.

Ce qui nous incombe de par sa famille, tout ce que l’on porte sans l’avoir choisi, c’est un des aspects de notre « chance » du Ciel : en effet, nous ne pouvons mériter une incarnation qu’en acceptant d’en porter la charge.

Il est souvent difficile d’accepter ce qui nous est contraint, mais c’est la voie la plus juste et la plus parfaite pour notre vie : ce qui ne veut pas dire que c’est la fête tous les jours…

Dépasser notre fardeau inné familial est la base d’un travail sur notre mandat céleste : comment pourrai-je prétendre à comprendre la voie du Ciel si je ne peux même pas en dépasser les manifestations terrestres ?

La remise du Mandat Céleste est un moment important, qui peut se faire plusieurs fois, et qui demande une longue réflexion et une bonne dose d’acceptation.

Il est possible ensuite de calculer ou de demander la Rectification de celui-ci, une série de conseils traditionnels très précis, en fonction de la structure de sa personnalité, pour aller confronter directement les déceptions de son incarnation.

Cette Rectification est un brouillon provisoire de ce que le Juge du Feng Du va nous présenter devant le Miroir de la Contemplation : un travail pointu à faire maintenant ou plus tard dans les ateliers prévus à cet effet…

Le choix oublié ne nous concerne pas vraiment ici.

La chance de la terre représente le Feng Shui et les attributs complexes des « veines du dragon ».

Dans la compréhension de la circulation de l’énergie, de l’harmonie des formes et de la relation de certaines personnes avec certains endroits, nous pouvons apprendre à vivre dans les lieux qui nous conviennent et à aménager ceux qui nous fâchent.

L’aspect classique et minutieux de la science du Xuan Kan Yu, feng shui classique, va nous permettre d’étudier les 4 aspects de la géomancie traditionnelle :

  • La boussole et ses conseils
  • Le temps et l’espace en fonction de son mandat
  • L’adaptation face aux formes naturelles
  • La circulation du Qi en fonction de ces trois autres aspects.

Cela va nous expliquer pourquoi on s’entraine toujours au même endroit, pourquoi on se dispute toujours dans certains lieux et comment certaines personnes doivent éviter de vivre ensemble.

Cette chance de la Terre nous immerge dans les changements du monde, cycle post natal, dans une acceptation des imperfections de ce que nous vivons, mais vers une tentative d’unification des discernements.

Ce travail sur le monde qui nous entoure, c’est de loin le plus complexe, mais aussi le plus systématique et le plus structuré : en appliquant juste les règles, c’est étonnamment faisable.

Mais ce qui reste le plus à notre portée, c’est évidemment la chance de l’Humain, elle représente notre pratique, notre recherche de la connaissance de nous-même.

Cette pratique, elle doit être globale et se révèle parfaitement en adéquation avec les deux autres chances, céleste et terrestre.

La vision intégrale de notre présence dans le monde, des facettes de notre incarnation, de ce monde qui nous entoure, de la complexité des changements du monde et de l’ombre portée de notre immortalité, tout cela est le sujet de notre étude.

C’est un souffle de pérennité qui nous porte dans ce travail titanesque, une volonté de dépasser notre simplicité mondaine et d’aspirer à autre chose que du brillant et du sucré.

Ce travail, c’est la rencontre avec ce qui est plus grand, avec ce qui fait que le monde fonctionne, avec l’origine de notre volonté.

Cette vision traditionnelle est vraiment adaptée au monde d’aujourd’hui, elle demande juste de rester l’esprit ouvert et disponible aux enseignements et aux recherches.

Plus ma compréhension de mes différentes chances est assimilée, plus je saisis ce que je dois faire, plus ma rectification est active dans cette vie, plus mon quotidien est fluide : je vais consciemment vers mon propre bonheur et il m’est possible d’irradier cela sur mes proches.

Ces chances sont des potentiels qu’il m’est possible de débloquer, de dépasser et de profiter.

Encore une fois, responsable de mon bonheur et de celui des miens, il est possible de façonner son monde : plus lumineux et plus libre.

« Agissez en hommes libres, non pas en hommes qui font de la liberté un voile sur leur malice »
Épitre de St Pierre

mercredi 8 mai 2013

De la Méditation

 Méditation ?


Depuis longtemps, la méditation est dans l'imagerie populaire comme une pratique qui "calme" et qui "détend". On imagine le yogi, à moitié nu, dans la position du lotus, le pouce et le majeur en contact, le regard mou dans l'absolu et en relation avec l'univers… hummmm, ça va pas être facile…

Toute pratique qui se base sur une illusion, une imagerie facile ou des lectures romanesques ne peut être sérieuse. Toute pratique sérieuse se fonde sur une relation avec un enseignement transmis par un professeur. Au cours des cinq dernières années, on a découvert en médecine chinoise un syndrome d'une pathologie nouvelle : le mauvais chi kung et les mauvaises pratiques "new age". Sans maître, par des lectures et des "conseils", les gens s'enferment dans une pratique nocive dont ils n'ont ni les clés, ni les portes.

Avant tout, que se passe-t-il dans la tête du yogi de tout à l'heure ? Dort-il ?

Si la pratique ne fait pas partie d'une tradition, mais reste juste un moyen de se "détendre", il est plus profitable de faire de la relaxation ou de la sophrologie. Se "détendre" avec la méditation, c'est un peu comme prendre un tank pour écraser une fourmi. La méditation est une relation spirituelle avec le monde, mais ce n'est pas un exercice, pas vraiment.

 

Concentration, focalisation


La première chose dont on parle dans les livres "new age" sur la méditation, c'est de la concentration. L'idée est bonne, mais cela ne convient pas comme terme. Il faut être attentif, présent, focalisé mais dans une attention détendue et constante. Dans l'idée même de "concentration" il y a une notion de tension évidente qui est contraire à ce que l'on recherche dans la méditation. Nous cherchons une détente qui rendra notre attention durable. Nous devons pouvoir nous focaliser sur la pratique dans une écoute globale de notre corps et de notre esprit. Et à ce moment là, nous ne sommes que dans les préparatifs, nous ne sommes pas dans la méditation.

Attention : détendue et soutenue


Toute notre pratique est basée sur une attention détendue de notre univers interne et externe : "ce qui est en haut est comme ce qui est en bas", disait Hermès "Le Trois Fois Grand". Ce regard intérieur couplé à la connaissance du monde nous rend présent et conscient. Nous évitons de perdre du temps dans une projection future ou dans le ressassement de nos souvenirs passés. Dans cette recherche de l'instant, nous avons une arme incroyable, quotidienne et parfois permanente : la méditation. Notre esprit est trop souvent stimulé par le monde des perceptions externes et nous nous perdons parfois dans l'analyse malade et compulsive de celles-ci. Nous voyons un bel arbre et nous gâchons cette perception totale par un commentaire idiot : "Il est beau cet arbre, mais j'en ai déjà vu de plus beaux, je crois, mais….".

Quotidiennement, nous avons la possibilité de retrouver un état de silence qui nous remet dans notre pratique taoïste, un "retour" de tous les jours. Cet état c'est la méditation. Sans celle-ci, nous pouvons nous perdre dans les méandres de notre esprit, fuyant la réalité pour notre interprétation de ce que nous percevons.

 

Pas un exercice, un état


La méditation n'est pas une pratique, c'est un état. C'est un état de silence, de retour sur soi, vers son "centre". Cet état est notre état "normal", mais il est englouti dans nos pensées compulsives des perceptions diverses, il est là, mais nous ne le voyons plus depuis longtemps ; il est présent, mais nous ne le sommes pas assez pour nous en rendre compte. Les exercices et les pratiques nous permettent de retrouver une nouvelle intimité avec notre nature profonde, silencieuse et détendue. Mais les exercices et les pratiques ne sont pas "la méditation", ils ne sont que les voies qui mènent à celle-ci : "il ne faut pas confondre". Rester dans un exercice alors que l'on cherche le produit de celui-ci, c'est porter son radeau après avoir atteint la terre ferme : nous sommes dans une confusion qui s'appuie sur l'aspect sécurisant de l'exercice et qui permet de ne pas se confronter à la réalité de l'état méditatif. Dans l'état méditatif, dans la méditation, nous ne pouvons nous mentir et nous voyons la réalité. Cette confrontation et la vision de notre "personnage", de nos masques, peuvent être fatales pour notre ego.

Pour la plupart des débutants, l'état de paix et de silence est tellement inconnu qu'il faut passer par la seule voie d'accès possible : l'initiation.

 

Comment trouver ce qui est inconnu


Il n'est pas possible de chercher efficacement ce que l'on ne connaît pas. Il est toujours dangereux de chercher quelque chose à partir de ses supputations mentales et de son imaginaire. L'image que l'on se fait de l'objet cherché peut diriger notre attention sur tout autre chose : l'objet imaginé dans notre esprit, fruit de notre mental, nourri par notre ego et soutenu par nos fantasmes. Pour ne pas se tromper, il suffit de percevoir ce que l'on cherche par expérience directe, puis la quête peut commencer. Le professeur sera là pour nous rappeler notre perception, pour nous aider à ne pas tomber dans la facilité du fantasme, de l'enrichissement de notre perception par nos associations compulsives de mental. Le professeur expérimente et connaît plus que nous ce sujet, sinon il n'est pas le professeur. Cette perception directe de l'état méditatif demande une retraite de son quotidien, souvent pour quelques jours, et une immersion dans la pratique. Dans notre école, nous sommes opposés à cette idée spartiate de "no pain, no gain", sans douleur pas de succès. Au contraire, nous recherchons une détente du corps et de l'esprit qui passe par des exercices dans des positions confortables et un cadre de vie agréable ainsi qu'une bonne alimentation. Il est souvent plus facile d'avoir des visions quand on est privé de nourriture et de sommeil, mais ce ne sont là que des phénomènes d'origine physiologique qui ne concernent pas la spiritualité. Nous, nous voulons connaître ces expériences dans une pleine possession de notre esprit, de notre corps et de notre jugement critique. Cette perception directe, c'est l'initiation.

 

Le principe de l'initiation


Le principe initiatique, utilisé depuis toujours dans le taoïsme ancien, est la façon la plus sure de rencontrer cet état méditatif, présent mais peu perceptible. Nous oublions pour quelques jours notre vie et dans une pratique totale nous amenons le silence en nous. Notre corps et notre esprit communiquent réellement et nous entrons dans une paix sans peur : nous connaissons, pendant quelques secondes, l'état méditatif, notre vraie nature. La valeur de l'initiation dépend de l'expérience du professeur. Il ne doit pas être un collectionneur de savoir, mais un guide qui est déjà passé par le chemin qu'il vous montre. Une "auto initiation" sans professeur ou entre débutants n'a pas de valeur et n'est qu'un gouffre béant d'illusions et de mensonges nourris d'ego et de fantasmes. Voilà pour ce qui est de l'initiation.

 

"Le régime du feu"


Après avoir préparé les ingrédients pour sa préparation culinaire, il faut maintenant faire cuire le tout. Pour qu'un plat soit réussi, il faut trois éléments majeurs :
  • la qualité des ingrédients de base,
  • l'ordre de préparation, les étapes à respecter,
  • la force et la durée de cuisson.
 La qualité des ingrédients de base dépend de :
  • la détente du corps et de l'esprit,
  • la transmission des pratiques par le professeur,
  • le travail accompli par le novice.

Il est inutile, et je ne le ferai donc pas, d'aller plus avant dans le détail.

Nous nommons les qualités de base les "ingrédients de transformation".

 Pour obtenir un bon "poulet aigre-doux", il ne sera pas conseillé de mettre la sauce avant d'avoir fait frire le poulet… il y a un ordre à respecter. De plus, il faut préparer la sauce en même temps que le poulet pour que celle-ci reste liée, sans brûler le poulet ou gâcher la sauce : les étapes sont donc importantes. Ces détails sont le cœur de la pratique, ce que vous faites en tant que pratiquant, sous les conseils de votre professeur.

Dans l'alchimie, nous parlons du "processus alchimique".

Si l'entraînement n'est pas quotidien, suivant votre rythme et votre niveau de pratique, nous pouvons le comparer à une casserole d'eau que l'on cherche à faire bouillir sur un feu intermittent ; car pour qu'il y ait ébullition, il faut un feu constant et suffisamment fort. Mais si la pratique est exercée sans préparation, sans professeur ou avec des adaptations nées de votre imaginaire (nourries de l'ego qui se défend), alors cela peut être comparé à une casserole vide sur un feu continu : une pression et une chaleur se dégagent, le tout n'étant pas sain pour atteindre "l'immortalité taoïste". Si vous ne pratiquez pas, mais que vous prétendez à une évolution, c'est chercher cette "ébullition" sans casserole et sans feu, dans la tête peut être…

Dans l'alchimie interne, nous parlons du "régime du feu".

Comment commencer ?


La seule chose à faire est de trouver un professeur.

Pour détendre son corps et son esprit, il suffit de rendre immobile le premier et de mettre en mouvement le second.

Il vaut mieux passer du temps à trouver un bon guide plutôt que faire mille pratiques confuses de front. L'accumulation d'enseignements ne peut qu'aveugler le chercheur dans sa quête.

 Si vous êtes assis de temps en temps sur un coussin rigide, le dos raidit et les mâchoires serrées. Si vous accumulez jeûnes et autres pratiques nocives, que le tout sort de lectures et de conférences dans des "foires au spirituel", alors lâchez tout ceci et allez à la recherche d'un enseignement valable, d'une rencontre vraie

mardi 30 avril 2013

Mieux vaut connaitre un seul Sage que Nombre de fous

"La vertu est immortelle ; la volupté ne dure qu'un instant." Périandre, fils de Cypsélos


Les voies d'évolution spirituelle, les traditions de recherche sur soi ou encore les écoles traditionnelles n'ont pas besoin de grand chose pour être utiles : il suffit qu'elles soient assez anciennes pour l'expérience, assez globales pour les différentes facettes de l'être humain et assez cohérentes pour être appliquées dans la vie réelle.

La connaissance de soi et son application dans le monde, la recherche de développement de l’esprit, en accord avec le corps, tout cela demande une technique progressive et précise : voilà ce qui permet d'avancer dans sa recherche.

Quels que soient les obstacles et les malheurs de notre vie, quels que soient les changements critiques que son existence peut prendre, la seule chose qui subsiste est soi et son développement.

Que l’on change sa vie, ses habitudes, les gens que l’on fréquente, son travail ou même sa liberté : la seule chose qui reste, c’est soi dans son état d’évolution.

Mon professeur me disait souvent : «n'apporte une réelle importance qu'à ce qui subsiste en toi, aux techniques que tu peux faire seul, nu, dans les bois».

Tout ce qui demande un auditoire, de l'équipement, des vêtements particuliers ou tout artifice est secondaire.

En fonction de notre travail dans notre voie, nous pouvons ou pas nous adapter à tout, continuer à vivre malgré tout et trouver en chaque instant un germe de bonheur.

Les passages difficiles de note vie dépendent directement de ce développement interne, de notre maturité profonde et de notre expérience du monde.  La perception juste de notre quotidien, la clarté des changements du monde, tout cela nous permet de mieux vivre notre vie avec les autres.  Notre travail sur l'être humain et ses aspects, la compréhension de notre nature profonde, tout cela nous porte dans notre vie, dans notre travail et dans notre société.

Nous devenons plus responsable, plus investi dans notre vie.

La voie que nous suivons a un aspect amer de travail, une facette studieuse qui repousse ceux qui ne peuvent pas faire ces efforts, mais c’est à l’image de ce qui nous est donné : le travail fourni est directement transformé en possibilité de connaissance.

Au bout d’un moment, l’enseignement ne demande plus d’effort, il est source de joie et la fondation de notre vie : l’entrainement n’est pas notre vie, il en supporte le poids.

Nous devenons ce que nous avons entrainé, nous allons dans notre vie fort de ce que nous connaissons et de ce que nous savons faire : de plus, nous pouvons aider vraiment par notre force interne.

Les connaissances que nous accumulons infusent notre vie et transforment nos manières de faire, parfois nous ne prenons plus la mesure des changements apportés par la voie : nous oublions et agissons naturellement, la voie ayant intégrée notre vie.

Par le même processus, nous nous arrêtons parfois sur notre chemin, croyant ne plus avoir besoin de progresser, fatigué des efforts à fournir ou accablé par les obligations de notre vie : c’est oublier le chemin parcouru et prendre du retard sur les immenses possibilités que nous offre la connaissance.

Il y a une grande justice dans les traditions anciennes et dans les enseignements sérieux : son évolution personnelle dépend directement de son travail et de son investissement.

Le temps et les efforts consacrés à la Pratique, dirigés vers la lumière, nous arrache du mondain : plus l’exposition à la Lumière est régulière, plus il est possible de se fondre dans celle ci.

Nous parlerons de cela rapidement, mais la vision de la mort dans notre école est très claire : plus la compréhension, voire l’expérience, du monde invisible est complète, plus la dernière transition est fluide.

C’est une grande chance de pratiquer sur une Voie, c’est important (et en fait plus important que tout), mais seule l’expérience directe peut vous le prouver : c’est donc par votre pratique que vous comprenez vraiment l’intérêt de la Voie.

Voilà !





vendredi 26 avril 2013

Bon… On fait quoi, alors?

La voie que nous cherchons à suivre demande de passer par des étapes précises si nous voulons pouvoir évoluer, sans être arrêté dans notre élan par des blocages d'origines diverses.

Nous avons trois grandes étapes ,qui se décomposent en cinq petites:
  • il faut réguler et faire travailler le corps, ceci dans le but de le renforcer, de l'assouplir et de l'enraciner.
  • il faut réguler et calmer l'esprit pour que sa tendance a se disperser se transforme en une tendance a se concentrer.
  • il faut identifier et réguler l'énergie, lui permettant de circuler librement, sans limites.

Dans la régulation du corps deux ensembles de pratiques sont unies: le travail sur le corps et celui sur la respiration:

Travail sur le corps


Renforcer le corps


Le renforcement du corps se fait par des méthodes de chi kung (dao yin) ou par les arts de combat. Ce sont les mêmes mouvements qui serviront dans tous niveaux de pratique.

Détendre le corps


Les mêmes exercices de renforcement permettent, fait différemment, de relaxer le corps. Cette détente est d'abord superficielle, puis elle s'installe dans le quotidien.

Enraciner le corps


Par la pratique des postures statiques, l'arbre, on va pouvoir vérifier sa détente et sa force dans une méthode inégalée d'enracinement.

Travail sur la respiration


Identifier la respiration


Avant d'aller plus loin dans la respiration et du fait de notre vie de citadin, il nous faut regarder notre respiration avant de pouvoir jouer avec. La plupart d'entre nous vivons dans une demi apnée des que nous sortons dans la rue.

Respiration abdominale consciente


Par ce mouvement abdominal, naturel et originel, nous retrouvons petit a petit l'usage de nos poumons. L'échange avec l'univers se retrouve doucement et une incroyable énergie nous effleure.

Respiration abdominale inversée consciente


C'est la respiration de l'action, des mouvements actifs et des exercices yang. C'est une façon naturelle d'échanger et de générer plus d'énergie avec l'extérieur du corps.

Travail sur l'esprit


Dans le travail de régulation de l'esprit on inclura l'écoute, les émotion et l'intention:

Observation du fonctionnement de l'esprit


Pour calmer l'esprit il faut sortir de notre capacité a faire des pensées a la chaîne, pour cela il faut observer avant de pouvoir réguler.

Régulation des émotion par alchimie interne


Ce sont les exercices qui permettent de prendre et comprendre les émotions comme une manifestation de l'énergie et de sublimer celle ci..

Travail sur l'intention


Ayant réguler l'esprit et pouvant comprendre notre fonctionnement émotionnel, nous nourrissons, de ces énergie "recyclées", notre intention.

Travail sur l’énergie


Les exercices énergétiques procurent une libre circulation de l'énergie dans le corps, mais aussi une possibilité d'un libre échange entre l'intérieur et l'extérieur.

Ouverture de la petite circulation énergétique


L'utilisation de l'énergie est épuisant si elle ne circule pas dans tout le corps librement. Par la petite circulation, notre énergie est fluide, mais on ne joue qu'avec sa propre énergie.

Ouverture de la grande circulation énergétique


Par cette pratique, la communication s’établit entre l'énergie extérieure et l'énergie de son complexe corps/esprit. C'est une source inépuisable d'énergie, utilisable ou a stocker.

Retour a une circulation globale et libre


Ayant pratiquer les exercices précédents, et par des processus internes, on va permettre a cet échange de se faire sans l'intervention de la volonté, mais naturellement.


Les pratiques spirituelles


La suite de l'entraînement concerne des pratiques spirituelles qui utilisent tout ce que l'on a étudié jusque là. Mais je n'ai plus de place, alors on verra ça ailleurs...

lundi 25 mars 2013

La chance de pratiquer

Dans les temps anciens, il n'y avait pas beaucoup de pratiquants : la vie étant très difficile, il n'existait pas vraiment de temps libre. Ceux qui avaient la chance de croiser la route d'un maitre choisissaient leur voie : rester dans le monde ou suivre le maitre. Il n'y avait pas le choix du style ou de la tradition, de la forme ou du fond : trouver un maitre était rare, il ne fallait pas laisser passer cette chance.

Il y avait donc peu de pratiquants.

Aujourd'hui nous avons le choix de pratiquer tous les styles qui existent, de passer d'un maitre à l'autre si on le souhaite ou encore de faire un joyeux mélange de traditions glanées durant notre temps libre.

Mais il y a toujours peu de pratiquants.

C'est le paradoxe du choix : trop de choix tue le choix, l'engagement étant asphyxié par la tentation des distractions.  Ce n'est pas grave: tout le monde peu faire ce qu'il veut. Mais pour ceux qui sont dans la pratique, pour ceux qui sont sur une Voie, pour ceux qui ont senti la joie de l'enseignement, il ne faut pas lâcher prise !

Il n'existe pas beaucoup de choses plus importantes que de se connaitre profondément, de connaitre les autres et notre monde : tout le reste évolue et peu disparaitre, ce savoir permet de vivre plus et mieux, de devenir de meilleurs êtres humains et de façonner un monde meilleur. Pour ceux qui sont dans la voie, attention : ne vous laissez pas distraire, ne perdez pas la foi, ne disparaissez pas sous les couches du mondain: vous êtes les pratiquants d'aujourd'hui et le monde a besoin de vous.

La voie est difficile, elle demande beaucoup, mais regardez ce que vous savez de plus qu'avant, ce que vous savez faire de plus qu'avant et prenez conscience de ce que vous apporte votre enseignement: le temps ne peut pas être utilisé plus intelligemment que dans l'étude de l'être humain dans la vie et dans la compréhension des changements du monde.

Le printemps est un moment difficile ou le pratiquant peut se sentir fatigué, ayant à peine survécu à l'hiver ou la pratique est si dure, mais c'est un moment magique. Le monde va nous donner une énergie étonnante qu'il est bon d'utiliser intelligemment: PRATIQUEZ !!!

Dans ce début de cycle, dans cette saison incroyable qu'est le printemps, il faut :

- sortir et pratiquer dehors
- aller dans la nature et profiter de l'air
- se rencontrer entre amis et discuter tous ensemble.

C'est le moment de la réflexion et de l'échange, de savoir pousser son corps pour lui donner de la force et c'est un moment de planification pour l'année : comment vais-je choisir d'orienter ma vie cette année ?

Nous avons de la chance de pouvoir être dans une pratique, d'être intéressé par une pratique ou de discuter d'une pratique : ne gaspillons pas notre temps et allons vers la connaissance. Clarifiez vos besoins et vos envies, ranger vos affaires et planifiez vos entrainement, c'est le moment d'agir !

mercredi 20 mars 2013

Respect de l'enseignement et de l'enseignant

J'admets que nous ne soyons plus à une époque où le futur élève devait rester des mois sous la pluie, devant la porte du maître, affrontant le vent et le froid dans l'espoir d'être reçu…il ne fait jamais très beau devant la porte d'un maître…

Mais quand même!

Si le respect de l'enseignement existe encore, en paroles, le respect de l'enseignant ne survit que chez peu de gens.

Il y a un paradoxe qui fait que plus le maître est avancé dans ses propres recherches, moins il aimera les faire partager facilement…il en connaît trop bien le prix. Ces années de raffinage d'un savoir qu'il a dû assimiler et digérer, ces heures et ces mois où il a dû tout mettre en ordre…Les maîtres ne sont que très exceptionnellement ordonnés dans les leçons qu'ils dispensent…Celui qui est un expert ou un jeune maître, qui pratique plus qu'il n'enseigne, n'a pas envie de donner ce sur quoi il travaille.

Par respect de l'autre, par ouverture d'esprit, celui qui pratique peut voir comme l'enseignement change positivement sa vie ainsi que celle des autres et il ne peut s'empêcher de le faire partager.

Ça c'est le respect de l'enseignement, du point de vue de l'expert ou du maître: il doit le faire vivre et s'ouvrir à ceux qui veulent en savoir plus.

Suivant sa tradition ou son maître, il respectera les volontés de celui-ci en ce qui concerne ce qui peut être enseigné et dans quel ordre; il profitera de l'expérience d'enseignant de son instructeur, tout en faisant ses propres expériences.

Ça c'est le respect de l'enseignant envers son propre maître.

Maintenant les élèves qui " pratiquent " en dilettante, qui sont de passage ou ceux qui s'informent…ceux là même qui sont a l'origine des secrets et des mystifications des maîtres, ils ne récolteront rien d'important. Ne montrant, ni respect pour l'enseignement, ni respect pour l'enseignant, ils se contenteront de ce que voudra bien leur donner le maître…et c'est rusé un maître…

Si vous étiez un maître…si, si, on essaye…que vous voyiez un soi-disant futur élève qui n'a aucun respect et qui ne veut que "pomper" quelques "trucs", qu'est ce que vous lui donneriez ?

Le respect pour les traditions s'oublie, par bêtise et par ignorance, le résultat en est la déperdition du savoir et la médiocrité des enseignements.

Il faut prendre le temps de savoir si on cherche une pratique et, si c'est le cas il faut trouver celle qui nous convient. Ensuite il faut s'y consacrer avec "dévotion", laisser de coté ses doutes et ses peurs et se laisser aller à la confiance.

Et si la confiance demande trop à son ego, essayons au moins la politesse et le respect…

C'est en cela que le respect de l'enseignant est une forme de respect de soi: nous sommes responsables de nos choix.

Bonne chance dans vos choix qui seront vos voies.

dimanche 17 mars 2013

Ça suffit maintenant!

Aujourd'hui on peut acheter en ligne les secrets des grands maîtres, être "éveillé" en suivant des cours par correspondance, faire une psychanalyse par téléphone et avoir des rapports sexuels "interactifs" avec sa télévision… comment faire la part des choses ???

Déjà, que ce soit de l'éveil à la fusion dans le tao, en passant par les orgasmes électroniques, toute "relation" sans contact direct avec un être humain peut être considérée comme suspecte. On peut sans risque partir sur la base évidente (pour certains), qu'il vaut mieux rencontrer personnellement l'être avec lequel cette relation va se créer.

Non, la vidéo ne compte pas !

Si la planète a l'air de rétrécir, si on peut voyager à l'autre bout du monde en moins d'une journée, il faut en profiter pour se déplacer au lieu de commander par correspondance. On ne peut même plus dire que le budget pose un problème avec les offres de plus en plus incroyables, à la portée de tous, des agences de voyage et les compagnies aériennes qui bradent le monde. Dans ce cadre idyllique de l'échange mondial des informations les plus hétéroclites, dans cette fusion globale des êtres et des cultures, avec des moyens illimités pour pouvoir être plus libre… pourquoi se retrouve-t-on dans son petit salon sombre à regarder une vidéo d'un gourou qui propose de faire tourner ses "chakras" dans le bon sens ? Pourquoi fait-on sa forme "secrète" de tai chi, apprise dans un livre ??? Je ne sais pas vraiment, il y a trop de réponses, pas assez de solutions.

Ce qui est une certitude, pour tous ceux qui sont honnêtes (au moins une heure par jour…), c'est que cette situation est en rapport direct avec nos peurs, avec Notre "Peur". Qui nous empêche d'aller rencontrer des gens, de partir faire un stage pour voir un maître que l'on admire, de s'installer dans une ville où il y a ces enseignements que l'on voudrait suivre… ? Personne ? nous-mêmes ?, la société ?, les parents ?, la famille ?, les voisins ? notre travail ? ... juste notre "Peur".

Il est tant d'arrêter d'avoir peur pour enfin utiliser notre temps à notre propre construction, notre développement, nos plaisirs…

Ça suffit maintenant !

Il nous faut arrêter la télévision, la radio, ces bruits qui deviennent nos amis pour remplacer les humains, ces gadgets qui prennent notre attention pour éviter de se regarder en face, pour ne pas écouter "sa musique intérieure", ne pas penser. Il est temps d'occuper son espace, d'aller vers les autres et de s'écouter pour réaliser ses vœux les plus chers. Tout ce fatras de "conneries" sans limite que l'on veut nous vendre à tout prix (et à tous les prix…), ces maîtres à deux francs (ça ne fait pas beaucoup d'euros…), toutes ces façons grossières et glauques d'apaiser, sans succès, notre mal être, les faux plaisirs et les vraies arnaques, il suffit !

Mais…

Dans cette jungle, il y a aussi la possibilité de rencontrer des gens qui cherchent à faire renaître des cultures, des spiritualités et des pratiques révélées au grand jour, d'authentiques et honnêtes guides spirituels qui cherchent à rendre les gens à leur vraie nature. Mais tout ce qui est valable et authentique se partage "de cœur à cœur", comme le disent les chinois, entre "quat' z'yeux".

Ce n'est ni dans des stades où on diffuse des vidéos sur des écrans géants de gourous disparus, ni dans des salles de sport entre "l'aqua gym" et les "abdos/fessiers" et surtout pas dans des séminaires où "les participants sont assurés d'un éveil à la fin du stage, ou au moins d'un diplôme". Ces gens, ces enseignements, ils se rencontrent au fil de la vie, mais seulement si on est dans la vie. Les sens en alerte, les yeux ouverts, cela ne peut arriver que si on est prêt, ouvert et disponible. Dans ces rencontres, certaines seront des réveils, d'autres des histoires courtes (on dit que ce sont les meilleures…), et parfois on peut trouver sa voie.

Comment savoir si c'est sa voie ???

Quand vous regardez votre main gauche, vous savez que c'est votre main gauche… et bien de la même façon la reconnaissance de sa "voie", sa "légende personnelle" comme dit Paolo Coelo, est une évidence. Si après avoir reconnu le chemin destiné, si persuadé au fond de son cœur et de son corps, on trouve le moyen de ne pas le suivre… c'est dommage ! Rien de désespérant ou de triste dans le doute ou la peur de s'engager, il faut prendre son temps, tourner autour, regarder, sentir, écouter, peut être même goûter… et faire son choix.

Mais quand le choix est fait, il faut plonger, s'abandonner et faire que cette pratique devienne la première priorité de sa vie, sinon ça ne sert à rien, autant rallumer la télé. Je n'ai jamais caché la difficulté que cela représente, mais il faut être clair.

Et je pense que sans une voie, on ne va nulle part.

jeudi 28 février 2013

Choisir une direction

Une petite souris dans un trou, sous terre, devait creuser pour sortir de ce mauvais pas. Elle creusa vers le sud pendant trois jours, puis se ravisa et creusa vers le nord. Au bout d'un temps, elle heurta des difficultés et elle choisit de revenir et de creuser vers l'ouest. En creusant dans cette nouvelle direction, elle se demanda si vers l'est ne serait pas plus juste. Elle alla donc creuser vers l'est. Épuisée et toujours au même point, la petite souris est morte sans sortir de son trou.

Aujourd'hui, avec trop d'informations nous allons vers des voies multiples et des enseignements rafistolés. Les styles "complets" et traditionnels ne sont pas assez brillants et démonstratifs, donnant naissance à des "nouveaux styles" bien pauvres, mais plus jolis…
Les voies anciennes couvraient tous les aspects de la pratique et souvent bien des aspects de la vie. Pour que ces voies se perpétuent, il fallait rester avec le même professeur ou maître pendant de longues années. Il fallait "plonger" dans la pratique comme dans un précipice, dans un abandon total. Aujourd'hui, si un dvd d'un professeur vous plait, vous allez le rencontrer et lui "acheter" son savoir. Vous pouvez aussi acheter ses livres et ses vcd et apprendre chez vous dans votre canapé entre deux épisodes de "opération séduction"…

Cette simplicité apparente de la transmission du savoir des arts internes soulève quelques problèmes:
- la plupart des professeurs actuels sont des chercheurs ou des pratiquants, pas des experts, mais il faut bien gagner son argent…
- tout le monde peut prétendre tout ce qu'il lui plait à partir du moment ou il a une collection assez grande de dvd, vcd ou K7 vidéos.
- les sparrings, compétitions et fantasmes colportés par les films, dénaturent les concepts du combat martial.

  "Une seule vie, une seule voie", disait mon professeur. Il est important de prendre son temps pour décider si oui ou non on va faire ce plongeon, mais après il faut creuser jusqu'au bout pour ne pas finir comme le pauvre rongeur de l'histoire contée plus haut.

Dans les styles traditionnels, toutes les facettes du combat, de la santé et de l'énergie étaient incluses. On connaissait les limites de son style et les dangers des pratiques. Le cumul de plusieurs pratiques qui viennent de traditions et avec leurs effets divers ne peut être sain pour le corps et l'esprit. Faire de "l'externe pour la santé et de l'interne pour la santé" est une phrase idiote, on ne peut pas faire un peu de ci ou de ça, ce n'est pas possible. Les méthodes de développement des qualités du pratiquant demandent trop de temps et d'investissement pour pouvoir être réparties selon les jours de la semaine.

Certaines voies sont identiques mais portent des noms différents, à cause de leur délocalisation ou du maître ayant choisit de renommer leur pratique. Dans ces cas là, il est évident qu'il n'y a pas de problème.

Piocher à droite ou à gauche, chercher plus que pratiquer, être toujours dans l'apprentissage et jamais dans la pratique (voir l'attente), voilà les dangers de notre époque pour les pratiquants sincères. Il ne faut pas se mentir et être clair sur ses besoins et ses buts… finalement, que veut on?
 
Prendre son temps et aller au fond de sa voie, si on a la chance d'avoir un maître compétent, est je crois la meilleure solution. Pratiquer un peu de sport dans un esprit ludique est aussi très intéressant mais hors sujet ici. Dans le cas où nous sommes à la recherche d'un professeur, la vie saura nous amener vers la voie, mais encore faut il ne pas être trop occupé à creuser…

vendredi 22 février 2013

Détente : le geste expliqué


Détente et mollesse


Il est très important de ne pas confondre détendu et mou. Dans les arts de combat internes, nous devons acquérir une certaine force (car on ne fait ni couture, ni ping pong), mais sans tension musculaire. Les pratiquants doivent passer par une force "réelle" et manifestée avant de pouvoir "digérer" cette force et la rendre douce (autant que peut l'être une frappe). L'idée d'une frappe interne, pénétrante ou vibrante, est douce pour celui qui la donne, pas pour celui qui la reçoit.

 Comment définir cette différence entre "détendu" et "mou" ?

Détente : action de détendre


La détente musculaire apporte cinq intérêts directs pour tout pratiquant :

- La disponibilité du muscle pour une utilisation immédiate dans une action volontaire (vitesse),
- Une utilisation minimale des muscles antagonistes qui freinent l'action (puissance),
- Une récupération optimale des efforts musculaires (récupération),
- Une économie de mouvement qui réduit la consommation d'énergie (endurance),
- Une possibilité de "faire passer la force" (pénétration).

 Le stade de "xin yi", la "forme pensée", est la possibilité de faire ce que l'on veut faire et de comprendre ce que l'on fait. Nous allons créer une liaison entre notre corps et notre esprit, ce qui va apporter la possibilité d’agir sans être paralysé par nos pensées compulsives. L'inverse, c’est-à-dire avoir un esprit calme et disponible, est également nécessaire… mais ce n'est pas le sujet de ce texte.

 Un muscle contracté doit se détendre avant d'être disponible pour une nouvelle action. Et détendre ce muscle demande un délai dans l'action qui ralentit celle-ci. En revanche, si on atteint une détente optimale, le muscle est toujours disponible pour l’action. Cela nous permet d'obtenir une plus grande capacité d'étirement et de contraction des muscles, tendons et ligaments qui participent au mouvement : on acquiert donc plus de vitesse.

 Malgré la détente musculaire, tout mouvement entraîne une action protectrice des muscles antagonistes. Ces muscles protègent les articulations de mouvements brusques qui pourraient les blesser. Dans une action du poing vers l'avant par exemple, si nous ne regardons que le bras et l'avant-bras, on s'aperçoit que le triceps est ralenti par le biceps. Si le biceps est très tendu, très contracté, il freine l'action du coup de poing. Etant détendu, la vitesse et la puissance sont augmentées (sachant que pour ce faire, les tendons doivent êtres renforcés).

 Les entraînements réguliers peuvent fatiguer les muscles. Les exercices spécifiques "tirent" sur les chaînes musculaires. Dans les deux cas, si une tension existe, elle ira à l'encontre du résultat cherché. Les explosions de mouvements brefs, qui sont souhaitables dans les arts de combat, sont des répétitions d'effort "anaérobie". Cela veut dire que le muscle ne peut prendre ses ressources énergétiques par la voie oxydative (oxygène). Pour toutes ces raisons, la décontraction est importante, grâce à la détente musculaire la poursuite du travail dans l'effort se fait plus facilement, avec une production réduite de "déchets" biochimiques (évitant les blessures, la tétanie musculaire et les courbatures).

 Les muscles antagonistes ne se contractant presque pas, les muscles pour l'action étant libres de tension jusqu'à leur utilisation et la récupération de cycles en cycles se faisant facilement, nous consommons moins d'énergie. Cette énergie interne sera par conséquent disponible en cas d'urgence. De plus, toute action prolongée et "forcée" se déroule dans de meilleures conditions. Notre corps/machine reste en meilleur état plus longtemps.

 La force pénétrante, la force vibratoire, et toutes les "petites gourmandises" des arts internes demandent une détente certaine pour "traverser le corps". Nous n'explorerons pas aujourd'hui ce sujet complexe.

Il faut aussi noter que tout le monde, chinois du passé et physiologistes d'aujourd'hui, s'accordent à dire qu'une musculature contractée va de pair avec une certaine tension psychique et inversement. La détente musculaire ne provoque pas uniquement une disponibilité du corps, mais aussi une forme de psychorégulation.

Mollesse : "Qui cède facilement à la pression"


Par excellence, nous ne devons pas céder à la pression. Dans une vision très "new age" des arts martiaux internes, les gens ont tendance à se transformer en mous. De même, ils basculent souvent dans une sensation "fantasmatique" de l'énergie. Dans ce dilettante illusoire, le pratiquant "new age" oublie souvent qu'une frappe relève du niveau de la réalité, il lui faut donc de la force "réelle et détendu" pour s'adapter et éviter un départ prématuré pour le "l'Autre Coté". il est plus sage de rien pratiquer plutot que d'être dans des illusions dangereuses.

Travail sans tension musculaire


Tous les exercices de renforcement, toutes les techniques, doivent se faire sans tension musculaire. Cela dit, il n'est pas question d'être mou ou même doux. Il s'agit tout de même d'arts de combat qui demandent de rendre hors d'état de nuire les assaillants éventuels. Dans un entraînement réaliste et bien conçu, les pratiquants vont souvent aller assez loin dans l'exploration des différentes douleurs liées aux frappes internes. C'est un processus douloureux et souvent amer, mais cela doit se faire dans une relaxation la plus totale possible. Il est étonnant et parfois incroyable, de voir les dégâts qu'une frappe relâchée mais pas molle peut provoquer.

Travail répété : musculature "tenue mais pas molle"


Dans un travail quotidien sérieux de son art, la musculature va se développer. Ce ne sera pas une musculation similaire à celle des culturistes. Les muscles sont toujours détendus mais toniques. Le volume va se déterminer suivant son corps et la fréquence de la pratique. Dans mon école, on garde la masse musculaire jusqu'à 45 ans, pour la laisser décroître doucement jusqu'à ses dernières années. Si nous sommes dans un moment intense de travail des exercices, nous allons gagner de la masse musculaire longue et détendue. Le contact de ces muscles est très similaire au caoutchouc, tendre mais incompressible. Si on s'entraîne tous les jours correctement, il n'est pas possible d'être "sans muscle" ou "faible".

Les exercices de renforcement : sans tension


Les exercices se répètent longuement sans tension, jamais. La vitesse d'exécution augmente pour certains, parfois c'est la lenteur qui se travaille. Les muscles s'épaississent au début, puis se stabilisent. Les muscles ne sont pas secs, le corps n'est pas celui d'un sportif. Nous pouvons décrire trois sortes d'exercices principaux :

-  Le travail de la vitesse,
-  Le travail de la technique,
-  Le travail de puissance.

 Pour la vitesse, il est clair que le travail sur la détente du corps et de l'esprit est prioritaire. Il est habituel de "bâcler" les exercices de coordination, pourtant c'est un des secrets de la vitesse. La vitesse demande d'aller rapidement d'un point à un autre. Le relâchement ne peut pallier à la gaucherie. Nous devons avoir un lien intime entre ce que nous voulons faire et ce que nous réalisons. Cette liaison interne est le sous-produit d'un corps coordonné. Ces exercices sont difficiles et douloureux, ils contribuent à renforcer le corps. Nous pouvons distinguer plusieurs types de vitesse à travailler : vitesse d'action, vitesse de déplacement, vitesse de réaction, vitesse de décision, vitesse d'anticipation et vitesse de perception.

 Les techniques martiales sont au coeur du travail à deux. Seul, le pratiquant va préparer son corps, mais pendant les cours, il va s'entraîner aux techniques avec un partenaire. Dans le travail à deux, les coups s'échangent dans une acceptation et des limites qui dépendent de son engagement et son but. Ceux qui travaillent dans l'idée d'être en meilleure santé peuvent goûter aux arts de combat sans aller dans les profondeurs de cette discipline. Pour ceux qui choisissent la voix du guerrier, dans le respect de son corps, il faut aller "tester" ce que l'on apprend. C'est sans doute l'entraînement le plus utile, mais aussi le plus difficile. Il inclut toutes les facettes de la pratique, c'est le moment où l'on va se confronter à la peur et vérifier sa "présence". Nous pouvons distinguer trois étapes qui vont bâtir les gestes "justes" : une préparation générale qui s'occupe des qualités nécessaires pour acquérir les techniques (motivation, attention, latéralisation, capacité d'apprentissage…), une préparation spécifique des gestes dans un but défini (parades, déplacements, distance, impact…) et une base de développement polyvalent où la priorité est donnée à l'élargissement de la capacité de coordination. Les blocages dans l'apprentissage de techniques viennent souvent de la coordination de base qui est trop restreinte.

 La puissance est développée d'une façon prioritaire dans les styles de combat. Qu'elle soit pour la défense ou pour l'attaque, que ce soit pour enrouler ou pour briser la force adverse, il faut de la puissance. Les exercices de puissance sont absolument nécessaires pour une confrontation physique. Tous ces exercices se font dans une détente musculaire totale, ou du moins de la manière la plus relâchée possible. Il n'y a pas de tension dans les exercices internes de notre école, une prise de conscience sans contraction. Les types de force travaillés sont :

- la force maximale (possibilité d'unir tout le corps pour une force globale),
- la force explosive (capacité de réaliser le plus grand accroissement de force dans le temps le plus court possible),
- la force initiale (capacité de force explosive au début de la contraction musculaire),
- la force vitesse (possibilité neuro-musculaire de surmonter des résistances avec la plus grande vitesse de réaction possible).

 Coordination : gérer l'imprévisible


La capacité de coordination est un processus de connaissance du geste et du mouvement qui permet de réaliser des actions justes dans des situations prévisibles (stéréotypes) ou imprévisibles (adaptation). La coordination n'est pas l'habileté. L'habileté se rapporte à des actes concrets et partiellement automatisés qui n'ont pas de liberté propre, ce sont des gestes stéréotypés. Par exemple, un très bon karatéka pourra bloquer avec brio des attaques puissantes de la part d'un autre karatéka d'un très bon niveau. Il connaît les gestes précis et propres à son style et en connaît les parades (habileté). Ce même bon pratiquant de karaté peut se retrouver en difficulté devant une bonne "beigne de voyou", jetée n'importe comment par un teigneux. Il n'est plus dans le cadre des gestes qu'il connaît et son habileté doit s'adapter à l'aide de sa coordination pour correspondre à l'inconnu.

La coordination se nourrit et se développe de toute une série de capacités :

- Dissociation et union du corps,
- Capacité d'analyse,
- Équilibre,
- Sens de l'espace,
- Rythmicité,
- Réactivité,
- Adaptation.

 La dissociation et l'union du corps sont une nécessité pour parvenir à la force maximale. Pour le chi kung, les arts de combat et la vie quotidienne, il est bénéfique de travailler avec tout le corps sur un effort. Cet effort, parce qu'il est réparti sur l'ensemble de la structure, ne sera pas "difficile". La dépense énergétique est minimum et la détente maximale. De même, dans une action qui ne demande qu'une partie de la structure, il est inutile d'entraîner une contraction dans l'ensemble du corps. Pour cela, une écoute du système interne permet d'identifier et d'utiliser ce qui doit l'être sans stresser le reste du corps/esprit. Tout le corps va aller dans une cohérence qui simplifie l'action. Par expérience, nous verrons qu'il est plus facile dans l'apprentissage de dissocier pour unir plutôt que l'inverse.

 La capacité d'analyse est une harmonisation entre les différentes phases du mouvement et les mouvements des différentes parties du corps. Cette harmonisation se traduit par une grande précision et une grande économie dans l'exécution du mouvement. Plus la détente est grande et plus nous pouvons écouter et entendre le corps dans l'optique d'un geste parfaitement en accord avec notre intention.

 L'équilibre est une capacité complexe qui comprend plusieurs types :
- Équilibre statique (alignement),
- Équilibre dynamique en translation (ligne droite),
- Équilibre dynamique en rotation (cercles et courbes).

Non seulement l'équilibre permet de pouvoir réaliser les entraînements dans une détente profonde, mais c'est aussi le secret de la pérennité de la pratique. En effet, plus l'équilibre est profondément ancré en nous et moins nous seront confrontés à une détérioration de notre niveau technique et gestuel. Le principe d'équilibre est un des grand principes de notre système.

 Le "sens de l'espace" permet de déterminer et de modifier sa position et ses mouvements dans l'espace et dans le temps. Cela se fait en fonction d'un champ d'action (dojo, pièce, ring, métro) et des objets dans ce champ d'action (meuble, adversaire, témoin). Le sens de l'espace est lié à la vision, et plus particulièrement la vision périphérique, et à la proprioception (sensation de soi dans l'espace gérée par la kinesthésie, le toucher). Elle permet d'évaluer la distance et l'évolution du geste dans le temps et l'espace. Le sens du temps est ce que l'on nomme le "timing", c'est un élément déterminant dans la réussite de l'action.

 Ce que l'on entend par rythmicité est la capacité à saisir un rythme donné par l'extérieur et de le reproduire à l'identique ou le changer suivant un schéma interne. Comprendre le rythme de son adversaire permet de le perturber, par ailleurs, créer un rythme permet également de se positionner pour un geste juste. La détente est nécessaire pour une activité immédiate, en réponse avec l'instant de la perception. Une tension produit un temps mort qui désynchronise la perception et l'action.

 La réaction permet d'intervenir le plus rapidement possible sur un signal donné. Dans une prise de choix conscient, nous devons avoir le temps le plus court possible entre la perception de cette volonté et l'action elle-même. Dans l'action, nous devons pouvoir unir le plus de qualités possible : force, vitesse…

Il est envisageable qu'un pratiquant ait toutes les qualités requises mais pas la réactivité développée : il est par conséquent incapable d'agir en réponse aux stimuli externes. Cette qualité est une des plus importantes, elle est liée au travail de coordination.

 L'adaptation est la capacité de transformer l'action motrice en cours d'exécution pour l'adapter à une nouvelle situation ou la poursuivre sous une forme différente. Ce "changement" dans l'action se doit d'être détendu mais tenu pour pouvoir garder les qualités de force et de vitesse du geste d'origine. L'adaptation est étroitement liée aux capacités de réaction et d'anticipation qui l'influencent de façon déterminante.

 Le travail de développement de la coordination se fait sur trois composantes majeures qui influencent et déterminent les capacités dont nous venons de discuter. Nous aurons donc :

- le contrôle moteur (distinguer sa droite de sa gauche, le haut du bas),
- la capacité d'apprentissage (mettre la droite devant la gauche, en suivant un exemple),
- l'adaptation motrice (inverser, unir ou modifier une action connue).

L'illusion de la détente


Cette illusion se constate dans la non coordination et la raideur mentale. L'impossibilité à adapter son geste, à se déplacer tout en accomplissement une action, sont des signes de tension. La santé du corps sur le long terme dépend de cette détente. Les articulations, la santé des muscles et la colonne vertébrale vont vieillir dans de bonnes conditions si nous restons détendus. Tous les abus, les excès, se payent au fur et à mesure des années. Rien n'est gratuit : alors si vous n'avez pas besoin de défendre votre vie tous les jours, il est inutile de détruire votre corps avec un entraînement rude pour une confrontation qui n'aura peut-être jamais lieu. Le conditionnement de répétition est suffisant, un conditionnement dur et spécialisé est souvent dangereux. Il est plus utile de vivre en bonne santé longtemps plutôt que faire le malin pendant quelques années et, boiter le reste de sa vie ou ne plus pouvoir se servir de ses mains.

 Il est impossible de rester faible physiquement si on suit un entraînement quotidien et cela sans jamais de tensions musculaires. Cet entraînement peut se faire sur une longue durée où les années n'amènent pas une régression technique. C'est une pratique de vie pour toute la durée de celle-ci. La détente est l'élément clé de cette pérennité.

vendredi 1 février 2013

Beaucoup de bruit pour rien

Nous les occidentaux, nous avons l'habitude de discuter. Nous discutons et débattons entre nous sur des sujets divers, nous aimons ces joutes verbales par plaisir de s'écouter parler.

Notre société "administrative" se complait à discuter des discussions que nous avons eu, et de celles que nous devons avoir pour "clarifier" les choses... Mais au fond, s'il y a une chose que nous aimons, c'est bien souvent le bruit de notre propre voix.

Trop souvent nous défendons nos idées comme nous défendrions notre vie, en fait, nous défendons nos idées comme la vie de notre ego. Pour notre mental, nos opinions sont des remparts de défense, des structures d'existence pour notre ego. Chaque fois que nous avons un autre mental qui va contre nos idées, il faut avoir raison pour "survivre", pour que notre propre ego ne soit pas en danger. Dans une discussion, avoir raison c'est vivre et se renforcer, avoir tort c'est mourir et disparaître. Cela explique notre emportement et la violence des émotions quand nous nous disputons... souvent pour des sottises.

Dans les voies spirituelles, il est très important de discuter avec son professeur tout en ne perdant pas de vue plusieurs choses:
- Nous n'obtiendrons pas de changement par la discussion,
- L'intérêt est dans le contact pas dans les mots,
- Pour échanger par les mots, il faut savoir de quoi on parle,
- Il faut écouter les mots pour comprendre les concepts.

Quels que soient les secrets géniaux que vous pourrez soutirer à votre professeur, en prenant en compte le génie de celui-ci et le vôtre, les changements ne seront possibles que par la pratique et le temps. Le fait de trop discuter et de trop "préciser" sont des moyens d'échapper à la pratique. Le professeur peut s'en rendre compte et vous raconter n'importe quoi, juste pour nourrir votre soif de mots ; il sera toujours temps de rectifier plus tard. Quand on est en manque de mots, dans le besoin de concepts, il est impossible d'entendre, et parfois même d'écouter. Parfois, on est tellement dans le verbiage et dans ses pensées qu'il n'est pas possible d'assimiler la pratique.

 Le premier but de l'échange avec son professeur n'est pas dans les mots. Si le maître est dans son enseignement, s'il n'y a pas de différences entre ce qui est dit et ce qui est fait, alors l'exemple sera plus fort que le verbe. Par sa présence, le professeur guide plus que par les idées. La voie est un chemin que connaît le professeur, il peut nous guider. Si le professeur ne connaît pas la voie par expérience, il n'a pas de valeur en tant que tel ; il doit rester un érudit, un historien de la pratique, pas un guide. Dans le cas du lettré, ce sont les mots qui importent, pas l'homme.

Il faut discuter avec son professeur, demander et questionner, mais cela n'est possible que si la pratique est présente. Sans expérience de la pratique, sans connaissance de ce qu'elle est, il n'est pas possible de discuter.
Est il utile de discuter de points grammaticaux précis de dialectes chinois avec quelqu'un qui ne comprend pas cette langue ? Comment parler de "hyfglzayf"" ou chercher un "lihgzqfeuj" ? Ce n'est possible que si nous savons ce que c'est.

Par l'expérience et l'engagement dans la pratique, nous pouvons en discuter avec le professeur ; sans pratique, le discours est inutile. Dans l'empressement, dans une fringale de pratique, nous nous lançons parfois sans écouter ce que dit le professeur. Autant des concepts demandent du temps pour être compris, autant il y a des moments d'inattention. Il n'est pas acceptable dans une pratique de ne pas écouter le professeur : autant rester chez soi.

Dans l'ancien temps, il existait la loi des "trois fois".

La première fois, le maître donne les concepts d'une pratique et demande à l'élève de lui montrer ce qu'il a compris. Si le fond est là, mais que la forme demande du travail, le temps et l'assiduité du pratiquant l'amèneront au succès. S'il est évident que l'élève n'a rien compris et qu'il n'y arrivera pas, alors nous allons vers le numéro deux.

La deuxième fois, le maître va détailler jusqu'à ce que l'élève lui affirme qu'il a compris et qu'il lui démontre. Le professeur sera donc témoin da la compréhension de son disciple. Normalement, l'étudiant va sur sa voie jusqu'au nouvel exercice. Parfois il revient vers le professeur avec des questionnements et des demandes de précisions, le professeur est alors là pour lui. Mais dans d'autres cas, l'élève n'a rien pratiqué et il le démontre devant le professeur, ayant "oublié" ce qu'il lui a été enseigné. Dans ce cas, dans les temps reculés de la Chine cruelle, le professeur passait rapidement à la troisième étape.

La troisième fois est un moment où le disciple a démontré son inattention et son incompétence sur un sujet expliqué et compris à un moment. Il montre sa désinvolture et la légèreté de son engagement dans la voie... c'est l'étape du "c'est bien !".
Voilà le jeune étourdi dans une longue phase où tout ce qu'il fera sera "bien", et sans corrections de son professeur. Qu'il fasse ou qu'il ne fasse pas, que cela soit juste ou pas, qu'il vienne s'entraîner ou pas, "c'est bien".

C'était la dure loi de l'enseignement à l'ancienne... Heureusement, c'est du passé !

Trop de mots épuisent,
Rien n’est mieux que de Pratiquer »
Tao Te King, chapitre 5

Voilà. Nous devons nous poser des questions, les partager avec le professeur, mais sans utiliser cela pour échapper à notre pratique. Les paroles sont des moments sans pratique et les questionnements souvent des lacunes dans l'engagement.

vendredi 25 janvier 2013

Énergie Unique, myriade de perceptions

 Dans notre tradition, nous acceptons cette idée d'unicité et de globalité, ce tout d'où nous venons et vers où nous allons. Pourtant, nous parlons rapidement de bonne et de mauvaise énergie, de beaucoup ou peu d'énergie, de positionnements justes et d'autres pas ; paradoxal, non ? Si cette énergie unique est présente partout, si elle est globale, tout cela n'a pas de sens.

Il n'y pas de bonne ou de mauvaise énergie, il n'y a que des perceptions teintées de pensées et imprégnées de résonances avec le monde. Quand nous "sentons" quelque chose, deux choses peuvent se produire :
- nous ne "sentons" rien du tout, mais notre mental fabrique des pensées qui peuvent être interprétées comme des sensations,
- nous avons une vraie sensation et là encore deux possibilités s'offrent à nous.

Soit nous sentons vraiment et il n'y a rien que de la sensation, pas de pensées. Dans cette présence, il n'y a pas de verbalisation, pas de jugement et pas de commentaire… rare, hein ? Soit nous sentons et notre mental "colore" plus ou moins notre perception. Dans cette coloration, deux sources possibles : le monde ou nous, interne ou externe.

Pour la partie interne, qui dépend directement de nous : on suit notre état physique et psychique du moment, l'humeur et la détente, nous jugeons "un peu", ou beaucoup plus, ce que nous venons de percevoir. Pour la partie externe, qui est tout "ce qui n'est pas nous" : elle va dépendre du climat, des gens autour de nous (de leur état interne), de si nous sommes seul ou à plusieurs…

L'énergie reste l'énergie, elle ne change ni perd de sa qualité. En revanche, certaines perceptions vont avoir une résonance entre nous et ce que nous percevons. Cette résonance peut être similaire ou différente de notre propre fonctionnement. Cette différence peut nous plaire ou nous déplaire. Encore une fois, dans ce que nous croyons percevoir de l'énergie, il n'y a ni bien, ni mal. Il n'existe qu'une interprétation plus ou moins positive de notre mental envers ce qui est perçu.

Dans la conscience de ce phénomène, il est donc possible de ne pas juger, de juger ou d'être intolérant. Ce qui trompe, c'est de penser que c'est ainsi et que nous percevons cette vérité ; aucune qualité n'existe, nous lui donnons ce "goût".

Il y a dans chaque chose, dans chaque lieu et dans chaque personne une quantité infinie d'énergie. Cette énergie peut être sous forme de potentiel, de présence ou brute. Selon la résonance que nous avons avec certaines choses, lieux ou personnes, nous pouvons y puiser cette énergie ou non.

Avec l'expérience du travail énergétique, quand celui-ci n'est pas basé sur des illusions ou des sentiments, nous apprenons à échanger avec le monde, sans limites.

Dans cette frénésie de jugement qui définit l'être humain, nous aimons décider de la quantité de l'énergie présente. Par une méconnaissance profonde des échanges énergétiques, nous avons tendance à nous limiter à nos projections et nos espoirs. Ce que nous jugeons grand ou beau est source de quantité d'énergie, ce que nous jugeons petit ou laid ne possède pas, pour notre jugement, une grande quantité d'énergie.  Il y a pourtant, dans tout atome, une quantité illimitée d'énergie en liaison directe avec notre propre vibration.

Dans l'observation de notre propre fonctionnement, dans l'étude des mécanismes de notre être, nous allons finir par constater qu'il existe quelque chose qui n'est pas nous : le monde autour de nous. N'étant pas directement sous l'emprise de notre mental, car séparé physiquement de notre personne, il échappe au contrôle de notre ego. Pour ne pas perdre ses limites et son contrôle, l'ego va chercher à juger, quantifier et qualifier pour contrôler et dominer. Par notre jugement, nous mettons mains basses sur le monde.

Si nous ne jugeons pas le monde, notre esprit va prendre conscience que quelque chose, cet univers devant nos sens, peut exister et fonctionner sans être sous le contrôle de l'ego, sous le joug des pensées compulsives. Si nous acceptons cela, dans la théorie globale et énergétique du Tao, cela suppose que nous pouvons donc aussi exister sans ce despote. Voilà qui est inacceptable et qui va résulter en un contrôle maximum de tout ce que nous percevons pour survivre.

Dans la détente de la pratique nous ne pouvons juger, dans la perception pure du monde il n'est pas possible de penser.

Nous avons là plusieurs pistes très importantes pour notre évolution spirituelle. Comme notre pratique peut s'aborder sous tous les angles, par tous les chemins, nous pouvons nous détendre pour arrêter ce jugement de l'énergie, mais aussi rester dans la sensation de l'énergie pour se limiter dans les jugements.

Par cette connaissance intime avec les échanges énergétiques, nous allons constater l'unicité de celle-ci. Dans ce goût unique, le jugement va doucement faire silence. Par la répétition de techniques de pacification du mental, le jugement va s'éteindre pour laisser place à la sensation globale de l'énergie.

Il est difficile de croire en ces théories sans expérience de l'énergie par une pratique précise et quotidienne. Ces perceptions vraies demandent du temps pour être touchées, et avant tout, une certaine détente du corps et de l'esprit. Dans notre quotidien, peu de gens désirent donner une priorité à la pratique. Comme pour faire bouillir de l'eau, plus le feu est fort, plus l'eau bout rapidement. Il faut donc un feu continuel, même faible, et l'eau arrivera à ébullition.

Tout le monde peut y arriver, mais il faut laisser le temps au temps…

jeudi 3 janvier 2013

Il ne faut pas confondre

L'idée que nous allons développer ici est à décliner pour tous les aspects des arts taoïstes que nous pratiquons, c'est à dire :

    - Médecine chinoise,
    - Arts de combat,
    - Méditation,
    - Chi kung

Cette idée simple est l'Essence même de notre école. Bien des styles qui se disent taoïstes n'ont pas ce concept, ou alors, il a été oublié il y a bien longtemps. C'est assez simple à énoncer et pourtant cela peut tout changer dans sa pratique quotidienne, c'est la différence entre une discipline vivante et une discipline morte.

"Il ne faut pas confondre l'Essence de la pratique et les exercices qui développent les qualités de cette pratique".

Il est très difficile de comprendre cette idée sans passer par des exemples, nous allons donc en développer.

Dans l'apprentissage de la médecine chinoise, l'étudiant va apprendre les théories, les exemples et quelques cas cliniques. Il aura aussi sûrement la chance de travailler avec un acupuncteur confirmé, ce qui lui permettra d'étudier les théories en application. Il deviendra un bon praticien uniquement si en comprenant ce qu'il a appris, il est capable d'appliquer les théories propres à chaque cas, sinon il restera à un niveau débutant (peut être toute sa vie). S'adapter au cas du patient a l'air évident pourtant, encore aujourd'hui, il existe des acupuncteurs qui appliquent des recettes sans spécifications particulières suivant le patient.

L'étudiant apprend l'alphabet avec les théories, les mots avec les recettes et quelques phrases simples avec les cas cliniques étudiés. Quant à savoir écrire des textes entiers, voire de la poésie, c'est tout autre chose !
La pratique de la médecine chinoise s'appuie sur les exercices appris, mais elle n'est pas seulement ça. Il y a donc une différence entre les deux. L'acte de soigner ne doit pas uniquement être une application sans analyse des méthodes de soins, mais un art à part entière, qui s'adapte à la "personne unique" que l'on a devant soi : le patient.

Par expérience, on verra qu'aucune recette ne fonctionne à 100%. En fait, les techniques de soin n'ont été qu'une étape nécessaire à l'apprentissage, pas un moule rigide que l'on utilise pour tous les types de gâteaux. Pour traiter un patient, on doit faire appel à ses connaissances pour trouver comment soigner en essayant de ne pas s'enfermer dans des cas étudiés qui ne sont pas toujours adaptés. C'est déjà une recherche de créativité dans les limites de sa science. Il ne faut pas inventer, mais il ne faut pas copier.
Au bout du compte, la pratique est assez éloignée de ce que l'on a appris et se modifie selon le contexte dans lequel on se trouve : on ne soignera pas en Chine comme en Occident.

Pour les arts de combat, c'est encore plus évident ; les méthodes d'entraînement développent les attributs nécessaires au combat, les formes donnent une idée sur la manière de se mouvoir et d'exprimer la force, les techniques à deux appliquent les concepts de combat avec un partenaire mais rien de tout cela n'est réellement le combat. On peut également apprendre à utiliser des armes issues de différents styles pour renforcer sa pratique et pour diriger l'intention plus loin que son propre corps. Pour combattre, on se servira de tout cela, mais de façon libre et changeante suivant les situations.

Si pour le combat on cherche à suivre une forme précise ou une technique particulière, c'est une défaite assurée. On ne peut intellectualiser que durant l'entraînement, pendant le combat c'est tout à fait autre chose, on se retrouve limité à réagir tout bonnement. La réaction devient alors le fruit de tout l'entraînement mais sans être similaire à celui-ci ; de la même manière que le fruit n'a rien à voir extérieurement avec l'arbre dont il est issu. Dans chaque frappe échangée durant une confrontation physique, tous les exercices effectués permettront d'être plus précis dans le chaos de la bataille. Toutes les formes et les exercices d'enracinement vont aider à être plus fort, mais le combat réel reste quelque chose à part qui semble étranger à sa pratique quotidienne.

On peut voir le rapport entre l'entraînement et la réalité du combat, chercher à rendre les deux les plus similaires possibles, mais il ne faut pas les confondre. En revanche, on peut développer des techniques en rapport avec ses faiblesses en combat.

Dans nombre de pratiques de combat, il existe encore ce phantasme de l'application des techniques apprises… c'est souvent dangereux. La spontanéité du combat, le chaos de ces moment sans limite, demandent un entraînement qui corresponde à cet état. Une forme de pratique trop stricte, sans ouverture ni connexion à son instinct, qui cherche à enfermer le pratiquant, ne peut réussir. Tout style efficace doit chercher à développer la libération et la créativité. Plus la confusion existe entre l'entraînement aux arts de combat et la réalité du combat, plus le pratiquant sera loin de la réalité.

En ce qui concerne le chi kung c'est évidemment la même chose.

Les visualisations et les images utilisées au début de l'entraînement sont faites pour créer une énergie avec laquelle on veut travailler. Mais après un certain temps, il faut directement chercher l'énergie sans passer par la visualisation. Dans les pratiques de notre école, nous n'avons aucune visualisation. Dès le début, nous restons sur des expériences kinesthésiques, en mouvement. La recherche de l'expérience de l'énergie se fait par les sens, pas par l'intellect. De cette façon, on goûte à la sensation d'énergie et on se construit sa propre vérité. Les mots sont absents de cette relation et le guide, ou professeur, ne donne que d'autres façons de goûter sans en décrire l'arôme. Ainsi, confiant de ses expériences personnelles, et guidé par celui qui à vécu cela avant, l'élève comprend par l'action.
Mais la confusion des pratiques d'expérimentation et du chi kung lui-même est source de problèmes : la connaissance de l'énergie et sa mise en action spontanée ne doit pas rester enfermée dans une pratique fixe. Les " chi kung " appris doivent être oubliés et le naturel doit faire loi. Le chi kung est cet échange de l'énergie entre l'extérieur et l'intérieur du corps, mais aussi la façon de " raffiner " son énergie propre. Les pratiques fixées donnent une route simple et directe pour " sentir ", mais elles ne sont que cela. Il ne faut pas s'en rendre prisonnier. Le chi kung est simple, il faut le laisser comme tel, encore une fois, il suffit de travailler l'acquis et de revivre l'inné. Grâce au chi kung on va chercher à produire de l'énergie, ce n'est pas pour la gâcher avec des créations mentales. Le chi kung devra aussi devenir une pratique sans forme, sinon il restera à un niveau faible.

Au travers de ces exemples on peut donc comprendre que les techniques doivent être bien choisies pour ne pas perdre de temps, et que sa pratique doit devenir personnelle pour être efficace.

La méditation devient une pratique simple et sans technique, comme le combat. Les techniques de méditation permettent de "dresser" son esprit, de le dompter en le connaissant mieux. Comme un jeune singe sauvage, l'esprit ne peut se "commander" ou être contrôlé. Il faut amener des suggestions et des compromis qui vont fusionner notre volonté et notre shen (esprit). Quand cette liberté d'action de l'esprit est là, il faut arrêter les techniques et juste méditer. La méditation n'est pas explicable, c'est une façon de toucher tout ce qui ne s'explique pas, tout ce qui ne s'enseigne pas mais se vivent.

Les techniques sont les portes pour entrer dans cette perception. Il serait dommage de rester à la porte si on peut y entrer... Apprenez les techniques et ensuite profitez de l'expérience, laissez tomber la porte.

Pour conclure, je dirais qu'il faut réfléchir à sa pratique pour ne pas exercer des dizaines de choses inutiles mais des méthodes d'entraînement claires, adaptées à son cas. Faire des choix simples pour orienter son travail vers ceux-ci, sans se disperser dans des occupations illusoires et sans fondements.

Et bien sur, ne pas confondre ces méthodes et la pratique elle-même !

mercredi 14 novembre 2012

La forme du fond

Pour comprendre l'objet de cette discussion, il est bon de se rappeler quelques concepts simples de la métaphysique taoïste.

Le yang, volatile et immatériel, ne peut rester stable dans une manifestation (comme un être humain) que si le yin, structurel et matériel, est proportionnellement présent: en gros, je ne peux mettre dans un seau (yin) que le volume de liquide (yang) qui rentre dans cet espace. Un yin faible ou restreint ne permet que peu de yang stable: le corps (yin) doit donc être travaillé pour tenir l'énergie (yang).

Le structurel (yin) doit être sans fuites pour que le yang (fonctionnel) soit au maximum de son potentiel. Le physique (yin) tient l'esprit (yang); l'essence (yin) est la racine de l'esprit (yang).

Il est dit dans un texte du 4ème siècle que la force interne ne se travaille pas, elle dépend uniquement du travail de la forme externe: l'énergie est abondante quand la forme est juste.

Nous donnons une importance absolument équitable entre les trois facette de notre incarnation humaine: le physique, le souffle et l'esprit (jing, qi et shen): c'est une véritable spécificité des arts taoïstes et de la pensée chinoise.

Pour développer la force de l'esprit, il est nécessaire d'avoir éliminé les limites et les blocages de la forme physique, sinon ceux-ci seront les raisons de la stagnation de notre pratique. La capacité à développer et à garder l'énergie (le souffle) générée durant les exercices dépend directement de l'état de force, d'enracinement et de détente de notre corps…Le yin est la racine du yang.

Pour s'assurer de cela, on nous conseille de travailler la forme à un tel niveau que le fond est présent: les qualités de la forme physique vont permettre les qualités de la fonction énergétique.

Qu'est ce que cela veut dire en version simple?

Ma forme de corps doit être conduite vers la perfection et cette recherche me garanti une énergie abondante. Mes mouvements physiques doivent être travaillés dans une recherche continue de force, d'enracinement et de détente pour pouvoir accueillir la force interne, la force du qi. Mes mouvements et mes formes doivent être beaux et il doit se dégager une impression de force dans mes gestes!

Voilà pourquoi il est bon de travailler des formes complexes et détaillées: il est plus facile de se corriger et de percevoir ses défauts. Quand je travaille une forme de corps trop dépouillée ou même des positions statiques, il m'est très difficile de voir ce qui ne va pas : ces formes de travail seront idéales quand le niveau de la pratique est déjà élevé. Et en général, ceux qui ont le plus de travail à fournir sur leur forme de corps sont ceux qui choisissent une forme simplifiée : ils peuvent ainsi ignorer leurs défauts.

Le travail des formes de taijiquan ou de baguazhang sont idéales pour se corriger et percevoir ses imperfections: il suffit de se regarder pour les voir. Le travail des formes anciennes (daxuan) ou encore des positions statiques ne le permettent pas: il est plus facile de ne pas progresser et de rester dans une médiocrité confortable.

En revanche, après une maitrise des qualités physiques, le travail des formes complexes est un frein au travail énergétique. Pour évoluer sans cesse et pouvoir se corriger sans peine, voir ses défauts tous les jours, il est important de garder un travail des formes complexes: l'amélioration constante de sa forme de corps permettra une évolution continue et stable.

Le yin sublimé permettra un yang qui se garde: les exercices quotidiens seront source d'une grande vitalité qui se conservera dans le corps travaillé.

Pour pouvoir progresser, pour corriger son yin, il est important de voir ses défauts et les formes complexes (taijiquan, baguazhang, boxe de l'eau…) permettent cela.

Il est aussi possible de se cacher derrière des formes avancées et ainsi d'aller nulle part.

Dans la perfection de l'externe dominé réside la racine du vrai interne.

Voilà.

jeudi 1 novembre 2012

Il faudrait essayer d'être heureux, ne serait-ce que pour donner l'exemple

Prévert avait raison.

La voie spirituelle n'a qu'une seule finalité: trouver le vrai Bonheur dans la découverte de notre nature et en accord avec notre monde. Le bonheur ne peut venir que de l'intérieur, de ces vides remplis par une continuelle et complète introspection.

Nous devons étudier chaque aspect de notre nature, regarder avec précision nos fonctionnements, poser avec fermeté nos valeurs et s'engager dans notre monde pour l'emporter dans notre évolution.

Le travail de notre corps, pour qu'il nous soutienne durant notre vie, cherche à nous renforcer, à nous enraciner dans le monde et à nous permettre une vie simple et fluide.

Le travail de notre souffle nous permet d'acquérir plus de vitalité pour vivre bien et être disponible à notre vie et aux gens qui la remplissent.

Le travail énergétique nous donne la possibilité d'échanger avec notre univers, de réaliser un échange avec chaque souffle avec les forces de notre monde.

Le travail émotionnel nous donne une stabilité qui nous rend disponible à notre vie et aux autres, une stabilité qui nous permet d'apaiser les tensions de notre quotidien.

Le travail de l'esprit est une voie royale de la spiritualité, un enseignement qui nous apprend les fonctionnements de notre ego et de notre mental, une porte possible vers "celui que l'on est vraiment".

L'ensemble de ce travail, de cette Voie, est là uniquement pour nous rendre "l'être humain idéal que nous pouvons être". Nous rapprocher de cet idéal, le travail de développement et d'évolution, nous apporte ce vrai bonheur, cette joie profonde qui est inhérent à notre Vraie Nature.

Nous vivons une époque extraordinaire où pour la première fois depuis le début de l'humanité, toutes les traditions et tous les enseignements spirituels sont à notre disposition: nous nous devons de faire honneur à cette chance par notre recherche personnelle et nos efforts pour devenir des êtres humains accomplis.

Tout le monde peut voir qu'aujourd'hui nous ne pouvons plus ignorer notre besoin de spiritualité, même si celui ci réside dans une philosophie de vie ou une morale civile. La religion est un choix, nous pouvons choisir la manière de célébrer et de rendre grâce à la vie, mais nous devons réaliser que nous ne pouvons ignorer l'aspect spirituel qui est en nous.

Le bonheur est à notre portée et rien ne nous empêche de l'atteindre, mais pour cela il nous faut faire des efforts.

Cette recherche nous permet un comportement adéquat avec les gens autour de nous, avec notre famille et nous donne la possibilité de faire de vrais choix dans notre vie : cette recherche peut encore être un chemin de philosophie ou de morale, mais nous devons prendre ce chemin. Voltaire nous disait aussi "il est poli d'être gai"…et c'est une réalité pour le monde qui nous entoure : notre joie façonne un monde paisible et agréable, alors que les plaintes et la 'chouine' pourri notre univers.

Allons ensemble vers un monde où l'évolution personnelle, individuelle, est le moule d'un changements global et profond: nous sommes responsable de ce monde et de ce qui s'y passe, nous devons tous participer.

La Voie est un plan précis de ce qu'il faut faire, dans l'action et la réalité, après avoir choisit son niveau de participation. Allez vers une Voie, une tradition philosophique ou une spiritualité, cherchez et trouvez, ne laissez pas filer votre vie. Pour ceux qui sont déjà dans cette démarche, il est temps de faire plus, de savoir faire des choix et de s'occuper de ce qui se passe autour de soi.

Nous devons essayer d'être heureux, ne serait-ce que pour aider le monde, pour donner cet exemple qui change tout.