samedi 8 octobre 2016

Soyez Sobres, Veillez !

Le conseil Ultime dans le Taoïsme, comme dans nombre de Traditions d’évolution Spirituelle, c’est de rester Attentif, d’où le conseil « d’éveil » dans certains courants.

C’est aussi ce qui est recherché dans le travail du rêve, une activité où l'on cherche à s’éveiller dans son rêve, sans se réveiller.

Pour que le pratiquant puisse en permanence être attentif, être vigilant, nous avons plusieurs aspects de notre réalité que nous voulons étudier : ainsi, chaque perception est associée à une connaissance de notre Étude.

Nous parlons des « Cinq Arts d’Étude » :

  • Montagne 
  • Destinée 命
  • Divination 卜
  • Médecine 醫
  • Observation 相
Ces Mots d’ordre, ces caractères, ont un sens particulier :

La montagne représente le développement des qualités humaines, notre travail d’évolution personnelle, qui concerne le corps, le souffle et l’esprit.

Nous voulons renforcer le corps pour survivre à l’entrainement, nous enraciner dans la terre pour accepter les aléas de notre évolution et nous détendre pour gérer nos contrariétés. Voilà les trois attributs traditionnels de la régulation du physique: santé, stabilité et détente.

Le travail du souffle nous permet d’avoir un rapport plus sain avec nos émotions et d'accroitre notre vitalité générale.

Les exercices de l’entrainement de l’esprit permettent d’approcher le vrai bonheur, de se connaitre vraiment et de profiter pleinement de l’immortalité de notre âme.

Voilà pour l’action « Montagne », cette recherche indispensable, mais qui peut nous renfermer sur notre petite personne… Et nous faire rater le reste de l’univers.

La vigilance que l’on va développer avec la compréhension de la  "Destinée" se manifeste par la reconnaissance de soi dans les autres et la prise de conscience de grandes structures de personnalités.

En effet, par l’apprentissage des « Huit Piliers de la Destinée », BA ZI, nous allons dégager des types de personnalités avec des comportements particuliers qui permettent de mieux interagir avec les autres.

Si c’est pratiquement inévitable pour un pratiquant de connaitre son Mandat Céleste, il est aussi très utile d’étudier cette science pour comprendre les gens autour de soi.

La recherche de types de personnalité est un sujet exploré par de nombreux scientifiques et psychologues comme le code Holland, l’ennéagramme, La thèse des tempéraments psychologiques de Keirsey, le répertoire de Kelly, le Minnesota Multiphasic Personality Inventory, le Myers Briggs Type Indicator…

Cette connaissance nous permet de percevoir les enseignements de notre Voie dans chaque comportement reconnu: c’est une façon très utile de rester « réveillé » et de fluidifier son quotidien.

Divination : sous ce terme un peu ésotérique se cache une réalité bien vivante, celle des probabilités. L’enseignement le plus riche sur ce sujet, c’est le Yi Jing.

Le « Livre de la Simplicité » nous enseigne la probabilité de changements en fonction de l’analyse d’une situation: c’est l’enseignement le plus important de notre Tradition.

Cette lecture binaire du monde, avec six niveaux de complexité, permet de tout comprendre et de tout  étudier, il est ainsi possible de tout traduire en alternance yin/yang. "Un pratiquant qui connait le Yi Jing ne peut être surpris par les changements du monde", il surfe sur les évènements du quotidien, dans le respect des lois de la nature.

Cette étude a trois niveaux et six aspects : elle décrit les jugements des hexagrammes, la loi des nombres et du temps et garde secrète l’utilisation de la Magie Taoïste.

C’est aussi une façon de comprendre la météo, les émotions, le combat rapproché ou le conflit des armées…

Il n’y a pas de limites à ce que peut enseigner le Yi Jing, c’est une vraie source de sagesse et de compréhension du monde. Avec l’étude de ce livre, il est possible de tout percevoir avec une composante yin/yang et de toujours rester vigilant.

La médecine chinoise et la médecine taoïste permettent de comprendre les fonctionnements normaux et pathologiques de notre organisme et d’en voir la similitude avec les mouvements de l’univers. Cette étude permet de voir dans chaque manifestation du corps les théories taoïstes en action, c’est le suivi de son enseignement en permanence.

Celui qui comprend les théories de ces médecines est déjà avancé dans la maitrise des sciences et des arts taoïstes : en effet, ce sont les mêmes associations et relations qui s’opère dans les autres disciplines.

Les médecines traditionnelles concèdent un savoir pratique dans la prévention des pathologies communes et dirigent vers une hygiène de vie performante: une bonne façon de suivre son évolution aux fils des années et de bien vivre la sénescence.

L’observation possède trois formes distinctes :

  • les formes perceptibles (feng shui san he)
  • les formes temporelles (feng shui san yuan)
  • les formes physiques (morphopsychology, Mian Xiang 面相)

Le feng shui « san he » est une étude des formes perceptibles de son environnement, c’est la science de l’harmonie des structures pour capter l’énergie le mieux possible. C’est comme lever son portable pour mieux capter, nous cherchons là à aménager notre environnement pour être le plus réceptif aux flux d’énergie : c'est la géomancie de l’ancien temps.

Le feng shui « san yuan » se focalise sur les rythmes et les cycles ainsi que leurs perceptions. C’est comprendre que les réseaux sont plus libres à certain moment et qu’il vaut mieux éviter certaines heures de « rush » : l’acceptation des cycles naturels et le calcul des bonnes dates.

Le Mian Xiang, c’est une lecture des visages pour retrouver certains types psychologiques particuliers, lire les réactions émotionnelles pour les évaluer en fonction de la cohérence du discours et discerner certaines pathologies sur le corps et le visage.

L’ensemble de l’Observation est une étude complète d’aménagement de notre monde pour y vivre mieux, une prise de conscience des formes et des cycles naturels, mais aussi un enseignement qui permet de percevoir les autres à la lumière de notre pratique, ou encore de s’observer pour devenir conscient de certains comportements ignorés.

Voilà l’ensemble des arts de notre École qui nous permettent de rester éveillés, de nous faire percevoir le monde sous un aspect de pratiquant et qui ne laisse pas de place à la torpeur servile.

De quoi se motiver pour la rentrée…

« Soyez sobres, veillez: votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde autour de vous, cherchant qui il pourra dévorer. »
Pierre 5 :8

lundi 31 mars 2014

"Pour gouverner un Grand Royaume, il faut imiter celui qui fait cuire un petit poisson.
Lorsque le Prince dirige l'empire par le Tao, les démons ne montrent plus leur puissance.
Ce n'est pas que les démons manquent de puissance, c'est que les démons ne blessent plus les hommes.
Ce n'est pas que les démons ne puissent plus blesser les Hommes, 
C'est que le Juste lui-même ne blesse plus les Hommes.
Or ces Deux là ne se nuisent pas entre eux ; c'est pourquoi il confondent ensemble leur Vertu."


Daodejing, Ch 60

lundi 6 janvier 2014

Daodejing, le Livre qui définit le « Dao »

Lao Zi est le premier à définir précisément le Tao, la Voie et le De, la manifestation de la Voie.

Cette voie trouve sa source dans la très ancienne chine et le message de cet enseignement se retrouve dans bien des traditions similaires bien qu’éloignées dans l’espace.

Il y a un aspect chamanique dans le Taoïsme des origines, une vision non duelle qui est loin du mouvement religieux populaire que l’on connaît aujourd’hui.

Ainsi nous verrons des messages spirituels similaires dans le tantrisme shivaïte du cachemire, dans certains chamanismes des Indiens d’Amérique du Nord ou encore dans certains enseignements cabalistiques.

Lao Zi va décrire l’Essence du Tao et les façons de pouvoir le toucher, le vivre, sans l’atteindre vraiment : nous ne pouvons atteindre la perfection, nous ne pouvons que nous en approcher et en percevoir les manifestations (De).

Les changements du Tao sont décrits et ils sont en fait l’essence du Yi Jing, livres des changements, un traité des évolutions des choses dans le monde des perceptions, un ouvrage d’alchimie interne : le Yi Jing est donc l’étude des changements du monde qui sont l’expression du Dao, les changements du monde sont le « De ».

Dans sa forme la plus manifestée, la plus yin, le Tao est à l’origine de la création des « choses » et dans sa forme la plus yang, il n’est pas conceptualisable par notre esprit, trop yang par rapport à l’absolu yang du Tao.

De plus, il existe une différence entre la Voie du Ciel, ensemble de phénomènes qui échappent à la compréhension de l’Homme, mais qui est la recherche du sage taoïste, et la voie de l’Homme, celle qui est une expression des malaises des humains avec eux même, nourrie de compétition, de pouvoir et de conflits.

Il faut savoir que les chapitres ne font pas partie du texte d’origine et que les ponctuations aussi furent ajoutées bien après sa rédaction. De ce fait, tout est possible avec ce texte, rien n’est faux tout peut être dit… ou presque.

Il y a deux concepts fondamentaux exposés dans le livre de Lao Zi :

  • La Cosmologie Taoïste, compréhension du monde, de sa création et de ses Changements
  • La pratique de Retour du Naturel/Spontané

Le seul intérêt d’une cosmologie est de pouvoir répondre aux questions que notre esprit pose sur le monde.

Par une compréhension du monde, inutile, mais nécessaire, nous allons pouvoir nous détendre dans une pratique qui dépasse l’esprit conceptuel, qui nous complique la vie avec ses pensées compulsives.

Par une intellectualisation bien sécurisante, nous nous laissons sans peur plonger dans la pratique, dans l’acceptation de notre non-choix et la non-résistance qui va de soi.

Comme on le comprend ici, la cosmologie ne nous aide à rien sinon à pratiquer, elle ne nous donne aucune réponse à part celles qui ne nous intéresse pas, elle décore dans notre univers de pensées maladives, mais elle ne nous soigne pas… un peu comme un bouquet de fleurs dans une chambre d’hôpital, ça ne sert à rien, mais c’est sympa, le goutte à goutte médicamenteux, lui, est essentiel, mais nous n’y pensons pas… comme devrait être la pratique.

Dans cette détente relative, nous allons vers la pratique qui est celle du retour.

Le retour c’est la régression à notre nature qui est ensevelie sous des couches de réflexes acquis, d’interprétations conditionnées d’une vérité inexistante, de vie mondaine et banale qui nous a éloigné de nous même.

De plus, notre ego et l’importance que l’on se donne vont se rebeller contre l’enseignement : nous ne pouvons supporter de ne pas être le centre du monde et nous préférons fuir la Voie plutôt que de nous découvrir dans l’horreur de la Vérité.

Par l’enseignement en action, nous allons nous détendre et faire silence pour écouter le monde.

Dans cette écoute, les changements et les phénomènes ne nous seront plus étrangers et nous nous y reconnaîtrons.

Cette reconnaissance, tout en conservant notre cognition, nous permet de retourner à une fluidité vitale qui nous ramène au spontané et au naturel.

Nous sommes dans la Voie qui nous unit à la Voie du Ciel, chère à Lao Zi.

Il est évident que tout l’ouvrage parle du Tao, mais les chapitres 1, 4, 6 et 25 sont les plus expressifs au sujet de l’Essence de celui-ci.

En chinois, le Tao est un mot qui signifie « Voie » ou « Route » : une personne qui suit les concepts du Taoïsme est un pratiquant, mais celui qui est initié est un Taoïste.

L’initiation est obligatoire pour être « taoïste », mais le fait d’être un taoïste lié à une lignée ne change rien à sa pratique… l’initiation n’améliore pas ses qualités.

Mais pour être Taoïste, il faut être initié et accepté par une lignée, sinon on est un pratiquant plus ou moins engagé.

Nous pouvons déduire que dans la chine ancienne, avant Lao Zi, ce « Tao » était une façon de vivre, une ligne de conduite.

Pour Lao Zi c’est bien plus profond, il nomme ainsi l’origine, la totalité de ce qui est visible et du reste.

Nous trouvons ici une tentative de mettre en concepts cette possibilité de concevoir et de se fondre dans les changements et les phénomènes du monde, ce retour au spontané et au naturel.

Nous connaissons cet état, il est notre origine.

Avant notre naissance, mais après notre création, nous connaissons cette union totale au monde par le biais de la vie intra-utérine : après notre venue au monde, nous continuons à vivre dans une totalité pendant les premières semaines.

Après cela nous entrons dans un jugement, une discrimination puis une cognition compulsive qui nous sépare de plus en plus du monde, progressivement, mais sûrement.

L’image « unique » de nous même que va nous imposer notre entourage direct va devenir notre source d’attachement, défendu par notre mental sous forme de système de défense : l’ego. L’acquis va remplacer le naturel et le conditionné le spontané, nous allons tout faire pour être cette image de nous qui habite dans notre mental, mais pas dans la réalité.

La pensée compulsive va s’occuper de nous distraire, voir nous noyer, par un flot qui nous rassure… qui nous attache à notre image.

Cet attachement va donner naissance à l’unique émotion qui est à la source des autres, la peur de disparaître, de se dissoudre et de ne plus être « unique ».

L’état de paix et de silence qui est à l’origine le « De » de « Tao De Jing », de cette manifestation du Tao, va être submergée par notre conditionnement mondain.

Nous pouvons grossièrement définir l’Essence du Tao :
  • Ensemble des lois de la nature
  • Éternité dans l’espace et le temps
  • Essence de toutes choses, il peut être « goûté » par le De, ses manifestations
  • Origine de tous les changements et de tous les phénomènes
  • Tout dans le Tao est en mouvement, changeant
  • Tout vient du Tao donc tout est Un
  • inimaginable il est tout de même possible de s’en faire une idée par l’intellect

Il est intéressant de voir que c’est une quête de l’être humain avec lui-même, sans Dieux ou Démon : nous quittons les voies religieuses classiques qui donnent cette dualité étouffante (Dieu tout puissant et homme faible), mais nous entrons dans une totalité qui donne à l’univers une unité.

Mon professeur disait que le Tao avait cinq faces :
  • Le Tao est l’Espace et le chaos
  • Le Tao est l’Origine de tous les Changements
  • Le Tao est la Matière Première du Monde
  • Le Tao est invisible pour l’Esprit, mais sensible pour le Corps
  • Le Tao régit les Lois de tous les Phénomènes

En 1973, dans une tombe de la dynastie Han (206 – 180 av. J.-C.) à Mawangdui (à côté de Changsha, capitale du Hunan), deux copies sur soie du texte de Lao Zi montre de différences et des évolutions.

Chang Tao (Tao Constant) se transforme plus tard en Heng Tao (Tao éternel), mais la différence en chinois est minime.

Que ce soit « Chang » ou « Heng », cette description du Tao lui donne les qualités d’éternel, indescriptible, profond, subtil, irremplaçable et impérissable.

Dans le Premier Chapitre, il y a dans le premier vers l’ensemble de la doctrine de Lao Zi.

Le plus important est ici ce « Il ne faut pas confondre ! ».

Il est important de ne pas confondre ce dont nous parlons, le concept, et ce qui est.

Seul la pratique et le De, manifestation du Tao, peuvent être saisi et compris. Dans le texte le Nom est le Tao, sous une forme plus assimilable, la forme d’un concept, celui que nous allons discuter. Il est possible de dire que la différence entre le Tao et le Nom est la même que la différence entre ce qui n’a pas de forme, ce qui n’est pas et ce qui a une forme, ce qui est.

Ce qui a une forme prend sont origine dans ce qui n’en a pas, toutes les choses viennent du Ciel et de la Terre.

Dans la forme et le nom, l’ensemble des choses se développe et « matérialise » ce qui n’avait pas de forme. Le Tao est à la source de ce qui n’a pas de nom ou de forme, il est ce qui ne peut même être expliqué.

« Wu » et « You » n’ont pas de traduction possible. Certains disent « ce qui n’a pas de forme » et « ce qui a une forme », d’autres disent « ce qui n’est pas » et « ce qui est », ou encore « non-être » et « être ». On peut utiliser pour mieux le comprendre, les termes de « manifesté » et de « non manifesté »… l’un est perceptible par nos sens, l’autre est une globalité, un potentiel qui n’est pas dans le monde des perceptions humaines… ou presque…

« Wu » chez Lao Zi n’est pas le vide ou l’absence de choses, c’est l’Espace illimité et la Totalité, mais qui ne peut être saisi pas notre intellect limité. « wu » est le domaine du Tao, la Voie du Ciel, une totalité qui va inclure le monde. « You » est la manifestation perceptible, par les sens, des choses et leurs changements. Ce sont deux aspects du Tao qui peuvent rendre les moments de Chaos de la Terre et du Ciel avant la création de toutes les choses et le moment de création lui-même.

Le monde Taoïste selon Lao Zi est un monde non duel et uni, manifestation d’une totalité changeante qui est le Tao. Cette voie du Ciel peut être « touchée » par une pratique qui suit les enseignements taoïstes. Dans une communion, subtile et éphémère au début, le Sage guide sa vie. Le flot du tao emporte le pratiquant dans une existence sans résistance aux changements naturels, comme le nageur de Zhouang Zi.

Les termes de « Ciel et Terre » sont utilisés en chinois pour décrire la Nature et l’Univers dans son ensemble. L’un est l’espace de jeu de l’homme et l’autre l’immensité qui l’entoure.

L’expression « Wan », « 10 000 choses », doit être compris comme « toutes les choses », « les myriades de choses ». Dans les textes anciens, « 10000 » est la façon d’exprimer ce qui est immense, ce qui ne peut être compté. Ce fut une source de bien des contre sens, les textes sacrés chinois étant plein de chiffres qui sont symboliques et non descriptifs.

Dés le début du texte, Lao Zi fait comme Lu Dong Ping, dans sa « tablette des cent caractères », et dit « Chut !, tais-toi et pratique ! ».

Le premier concept est que le Tao ne peut être compris ou exprimé, autant se taire et pratiquer. Une remarque de plus de 2500 ans qui nous dit de ne pas croire ce qui est dit ou écrit, mais de trouver en nous même la source de toute chose.

Cette compréhension du silence amène une autre erreur trop souvent « new age », cette idée moderne d’un enseignement sans maître.

L’information trop présente, et le travail trop rare, donne naissance à des arts intellectuels et rapiécés qui vont renforcer le mental égotique au lieu de le dissoudre dans un silence souhaitable. Sans initiation pas de taoïste et sans maître pas de disciple.

Celui qui pratique seul une voie d’inspiration taoïste est un « étudiant potentiel», mais il n’est pas encore « dans » la voie.

Mais sans pouvoir être nommés, 5000 idéogrammes seront tracés par Lao Zi pour nous le faire comprendre.

Il y a un mouvement dynamique qui émane du Tao, d’une « non-forme » vers une « forme », une manifestation de l’invisible vers le visible, de la totalité vers l’unité. L’Absolu se manifeste dans un monde sensible dont nous faisons partie. Nous y retrouvons la dualité interne entre notre naturel enfoui et notre conditionné éclatant.

Les deux faces d’une même pièce, « Wu » et « You », vont interagir comme le nom et son objet ou la pensée et l’action.

Avant Lao Zi, dans le chamanisme ancien de la Chine, deux termes pourraient être à l’origine de son Tao :

  • Tian Tao (Tao Céleste)
  • Tian Ming (Destiné Céleste)

Il est amusant de voir nombre de philosophes essayer de comprendre le Tao.

Les écrits ne peuvent faire avancer la compréhension de ce qui ne peut être nommé, seul la pratique du « De » peut faire toucher le Tao.

Mais les pratiquants n’écrivent que trop peu, ils sont occupés à pratiquer.

dimanche 5 janvier 2014

"Lorsque les gens accomplissent une action, ils échouent toujours au moment de réussir.


Soyez attentif à la fin comme au commencement, et alors vous n'échouerez jamais.


De là vient que le Saint fait consister ses désirs dans l'absence de tout désir. 


Il n'estime point les biens d'une acquisition difficile."



daodejing chapitre 64

samedi 21 décembre 2013

Chapitre 41...la Suite!

Celui qui a l'intelligence du Tao paraît enveloppé de ténèbres.
Celui qui est avancé dans le Tao ressemble à un homme arriéré.

Celui qui est à la hauteur du Tao ressemble à un homme vulgaire.

dimanche 8 décembre 2013

"Quand les lettrés supérieurs ont entendu parler du Tao, ils le pratiquent avec zèle.

Quand les lettrés du second ordre ont entendu parler du Tao, tantôt ils le conservent, tantôt ils le perdent.

Quand les lettrés inférieurs ont entendu parler du Tao, ils le tournent en dérision. 

S'ils ne le tournaient pas en dérision, il ne mériterait pas le nom de Tao."

Daodejing Chapitre 41


vendredi 29 novembre 2013

Deux nouvelles interviews de Serge Augier disponibles!

Vous pourrez trouver dans la section Interviews radio deux nouvelles émissions radios consacrées à Serge Augier, l'auteur de ce blog:
Bonne écoute!

Je vous rappelle aussi que vous pouvez trouver la liste des livres publiés par Serge Augier sur  cette page.

vendredi 22 novembre 2013

C’est jour d’inventaire !

« Que faut-il donc, frères ? Lorsque vous vous assemblez, chacun a-t-il un cantique, ou une instruction, une langue étrangère, une révélation, une interprétation ? Que tout se fasse pour l'édification. »
Corinthiens 14 : 26

Nous vivons aujourd’hui dans un monde extraordinaire, en effet pour la première fois depuis le début de l’humanité toutes les traditions et tous les enseignements sont à notre disposition.

Toute cette information à notre disposition c’est aussi plus de sources de confusion et une grande tentation à se distraire plutôt qu’à évoluer par un travail sincère.

Non seulement toute l’information est à notre disposition, mais le monde lui-même est dans un grand changement, une fin de cycle, un moment où tout peut arriver vers le mieux ou le moins bien.

Dans cette mutation profonde de notre environnement, nous sommes directement mis en cause, directement responsables, intimement liés à l’évolution de notre monde.

Dans cette époque où il est devenu difficile de prendre ses responsabilités, où il est à la mode de reprocher aux autres nos fautes, nous avons un rôle à jouer pour choisir le monde de demain et en devenir les acteurs actifs.

Il est temps de mettre de côté les plaintes et les griefs pour façonner ensemble notre environnement proche.

En tant que pratiquants d’une voie spirituelle, chercheurs de la condition humaine, nous avons encore plus une responsabilité et un rôle à tenir.

Notre voie nous encourage à nous connaître nous-mêmes et aller vers l’autre avec plus d’ouverture, une empathie développée et une reconnaissance des qualités humaines.

Cette interaction avec l’autre va directement jouer sur la qualité de mon environnement, sur ces rapports qui tissent mon univers.

Mais il faut aller plus loin, il faut revoir mon environnement proche, chercher à développer une meilleure harmonie dans ma maison, mon voisinage, ma ville, mon pays.

Certaines interactions ne sont pas choisies, elles sont liées à mon travail et aux impératifs de ma vie : mais par une meilleure compréhension des autres, par l’étude de la psychologie et de l’interaction entre les gens, il est possible d’aller dans le sens de la non-résistance, d’appliquer la voie du taoïsme aux moments les moins ludiques de ma journée.

Quels sont pour cela les outils qui s’offrent à moi ?

Avant tout il y a le travail sur soi, la compréhension de ses qualités et de ses défauts, le chemin d’introspection qui nous permet de nous connaître.

Par ce travail, au fil du temps, nous allons développer une compréhension profonde de soi et par extension des autres.

Par l’apprentissage et les exercices de Bazi, une science précise de l’étude des types de personnalité et de leurs interactions, nous saurons comment faire passer notre message et comment apprécier les informations données par les autres.

Cette connaissance des piliers de la sagesse, pilier de la destinée, nous aide à voir nos blocages et nos limites ainsi que celle des autres.

Nous pouvons ainsi comprendre comment faire passer une information et comment assimiler une autre en fonction de nos défauts communs et en utilisant nos qualités connues.

Ce Bazi, c’est la solution pour une communication plus simple et une disparition des incompréhensions entre des personnalités qui ont du mal à se comprendre : un outil essentiel pour notre rapport au monde.

De plus il est possible d’aménager le monde, son appartement ou son bureau, sa maison ou son jardin, pour être en adéquation avec qui on est vraiment, ou ce qu’on veut faire.

C’est autre science millénaire, c’est le Feng shui !

L’étude de l’influence de l’environnement direct, des formes de la nature, des mouvements autour de nous, mais aussi des cycles du temps, tout cela nous permet de mieux nous intégrer et de mieux trouver notre place.

Il est ainsi possible de pratiquer son travail avec plus de facilité, d’amplifier les chances de son succès, mais aussi d’ouvrir plus d’opportunités.

Il est donc important de travailler sur soi, de renforcer son corps et de clarifier son esprit, mais aussi de développer sa vitalité.

Pour aller plus loin, il est possible de se tourner aussi vers l’astrologie taoïste, Ziwei Du Shu, qui est une étude plus ésotérique et dont les aspects pratiques sont plus durs à apercevoir.

En revanche l’art de la sélection des dates et la morphopsychologie donne un atout majeur dans ses capacités à interagir autour de soi.

La non-résistance, c’est avant tout l’art subtil de s’intégrer aux changements du monde et cela n’a rien à voir avec l’immobilité ou l’immobilisme.

L’enseignement de notre école taoïste est basé sur le principe de l’être humain entre ciel et terre, un travail du corps du souffle et de l’esprit, mais aussi un travail des qualités humaines pour pouvoir se tourner vers le ciel (astrologie) et vers la terre (géomancie).

Il est bon parfois de réaliser que le travail sur une voie d’évolution spirituelle n’est pas uniquement une manière de se rendre plus fort ou en meilleure santé, de développer ses qualités propres, mais aussi de prendre une part active dans la responsabilité de la construction du monde.

Aujourd’hui malgré la multiplication des moyens modernes de communication, des vidéos constantes et des commentaires inutiles et constants, les gens n’ont jamais eu autant de mal à se parler.

Être sur une voie, dans une tradition ou dans une recherche personnelle, c’est essayer de faire mieux, de comprendre, de partager.

Utilisons tous les moyens que nous donne notre tradition, tous les résultats des recherches que nous avons faites, tout ce qui peut aider à façonner un monde meilleur, tout ce qui peut encourager les gens à profiter aussi de l’aspect spirituel de l’humain.

L’acédie est une maladie d'aujourd’hui plus que jamais et si l’homme ne regarde pas le ciel il s’ampute de la moitié de ses capacités.

Le spirituel c’est aussi l’imagination, les rêves, les aspirations et cette grande capacité humaine à aller de l’avant, quelles que soient les conditions.

Quand on fait un effort de comportement au quotidien, quand on essaye de partager honnêtement avec quelqu’un de son environnement, il est impossible de ne pas voir rapidement une évolution de son monde.

L’étude des voies spirituelles doit être pratique, utilisable par tous pour profiter d’une vie plus fluide et d’une fusion profitable dans les changements du monde.

Voyons ce que nous étudions, analysons notre recherche, rendons tout cela pratique et utilisable pour ne pas tomber dans le piège du matérialisme spirituel ou de l’inutilité de la construction intellectuelle : une voie d’évolution spirituelle doit être pratique et utilisable.

Si aujourd’hui la forme est à l’honneur, revenons vers le fond pour ne pas perdre de vue les qualités qui mènent vers le bonheur.

En cette année finissante, il est bon de faire un bilan de réfléchir sur ce qui est fait et de penser à planifier l’année qui arrive : l’introspection hivernale est à la source du dynamisme du printemps.

Il est bon aussi en tant que pratiquant de s’assurer que l’on a tous les outils pour progresser dans sa voie et que l’ensemble de ses acquis reste pratique et utilisable.

Dans le calendrier taoïste, nous venons de finir la période du début de l’hiver, et nous rentrons dans une période particulière qui s’appelle les petites neiges : c’est le début de l’introspection hivernale qui doit poser les sujets de réflexion pour le solstice d’hiver.

Initiez-vous à une pratique, renforcez vos recherches, réfléchissez à votre enseignement ou encore priez, mais profitez de ce moment pour préparer une année de dynamisme et d’évolution.

« Autrefois le Tao régnait. L'homme suivait l'ordre de la nature.
Puis il advint une époque où le Tao fut oublié et ce fut alors l'ère de la justice des hommes.
Puis ce fut l'époque de l'intelligence et de l'habileté et les ambitions ne connurent plus de bornes.
La paix quitta les familles.
Mais c'est dans l'adversité que se révèlent les fils respectueux.
L'État sombra dans le désordre.
Mais c'est pendant l'anarchie que surgissent les serviteurs loyaux.
Ainsi le Tao est toujours près de l'homme pour le secourir. »
Daodejing chapitre 18

jeudi 24 octobre 2013

Comment calmer l'esprit ?

Dans l'école taoïste à laquelle j'appartiens, il y a cinq étapes pour apaiser le shen (l'esprit), pour être heureux mais aussi disponible dans une confrontation violente :

  • le stade de "forme-pensée",
  • la régulation intentionnelle de la respiration,
  • le travail de l'intention pour calmer l'émotionnel,
  • la présence par la sensation énergétique,
  • "l'équilibrage" du shen pour la réalisation de l'Unité.
Le stade de la forme-pensée est assez simple et ne demande qu'un travail physique régulier. Tout sportif peut arriver à ce stade sans problème. Il faut, pour ce faire, arriver à comprendre intellectuellement ce que l'on fait avec son corps et pouvoir réaliser avec son corps ce que l'on comprend avec l'esprit. C'est une coordination poussée à l'extrême avec une conceptualisation "réalisée" ou une action "conceptualisée". Dans le Taoïsme, nous parlons d'une union entre le non manifesté et le manifesté, ce qui est (action) et ce qui n'est pas (pensée). Par des exercices spécifiques, nous allons amener le corps et l'esprit à se rejoindre pour ne plus se contredire et ne plus "penser", mais pour faire. Il est évident que je ne pourrais faire avec mon corps que ce qu'il est physiquement possible qu'il accomplisse : je peux comprendre le salto avant, mais il faut que je prépare le corps pour le réaliser. En une année, dans le cadre d'un entraînement intelligent, il est très possible d'arriver à cela. Pour aller au fond de cette étape, il est utile de dissocier chaque partie du corps, chaque articulation, chaque chaîne musculaire, pour les unir ensuite dans un mouvement global. Le secret de cette étape est la pratique dans la détente de l'esprit par la coordination d'un corps serein. Il n'est pas utile de devenir "meilleur", il s'agit simplement de laisser ses conditionnements et de détendre son corps-esprit pour "retrouver" une spontanéité naturelle. Les limites de cette étape sont les visualisations (très à la mode depuis quelques temps) qui renforcent un mental déjà trop puissant. Il sera possible d'aller plus vite dans cette étape grâce aux visualisations, mais cela va poser des problèmes plus tard.

La régulation de la respiration est une étape que l'on pourrait nommer la "respiration consciente". Le jeu, ou les jeux, que l'on peut faire avec sa mécanique respiratoire ne sont que cela : des jeux. Ces "jouets" ne servent qu'à focaliser notre mental dispersé et compulsif sur notre souffle. Si on reste prisonnier de ces protocoles respiratoires, tout sera inutile dans une situation réelle. Un souffle travaillé sous une forme stricte ne peut s'adapter à une situation chaotique. Si le souffle n'est pas libéré et conscient sans une intention trop présente, il ne peut survivre détendu dans une situation ou l'intention sera accaparée par autre chose. Plus concrètement, si le travail du souffle demande une image ou une intention bien précise, il sera impossible de faire cela dans une situation ou la pensée est fixée sur une fuite ou une peur. S'il est important de "tenir" l'esprit sur le souffle au début de la pratique, il faut le libérer pour l'utilisation de celui-ci. Dans la détente d'une intention légère, le corps et le souffle vont être amenés à mener des actions de plus en plus complexes pour s'unir sans pensées parasites. Nous aurons donc des gestes libres et un souffle uni et difficilement perturbé… voilà une raison qui rend inutile le travail cardio vasculaire chez des combattants des arts internes : le combat pour la vie ou une marche au clair de lune ne perturbe pas le rythme du cœur… dans l'idéal, évidemment…

Les pensées vont perturber la respiration par leur densification en émotions et le corps va se tendre par une respiration altérée. Il est donc tout a fait nécessaire de s'occuper d'une certaine forme de régulation émotionnelle. Dans l'alchimie interne taoïste, nous avons un stade important : "calmer les pensées", qui nous est utile ici. Les pensées sont des réactions "malades" aux perceptions des changements du monde. Autant l'utilisation de l'intellect pour régler les actions du quotidien est utile, autant ce commentaire compulsif des perceptions est inutile la plupart du temps. Les pensées vont se référer à notre mémoire ou notre imagination, passées ou futures, pour construire sur le monde des perceptions, ce qui est le présent. Dans les techniques taoïstes, nous allons amplifier notre rapport aux perceptions présentes, dans une détente du corps esprit et un rapport à la respiration. Par ces exercices très simples, mais continuels, nous allons éviter de nourrir le monde avec des pensées, et ainsi réduire les perturbations émotionnelles au minimum. L'idée n'est surtout pas de "contrôler" ou de "supprimer" les émotions, mais de les vivre sans les subir. Les perceptions auxquelles vont s'attacher des pensées qui vont provoquer des émotions vont se manifester par un changement énergétique, puis physique et enfin émotionnel. Par la détente du corps, l'écoute de notre souffle lié à notre état émotif, nous serons en accord avec les changements de notre corps et pourrons vivre pleinement nos émotions. Nous pensons, nous avons des émotions, nous respirons, tout va se passe sans collision entre ces phénomènes : le souffle ne provoque pas de tensions qui n'activent pas les pensées qui ne produisent pas d'émotions qui ne tendent pas le corps qui ne bloquent pas le souffle (toutes les combinaisons sont possibles), Etc.….

Ce travail va donc se faire grâce à des exercices qui vont maintenir une intention légère, mais soutenue. Par celle-ci, le silence intérieur va s'installer doucement, nous permettant de mieux écouter et d'aller dans le sens des changements du monde.

Dans cette écoute, fruit d'une détente corporelle, d'un souffle régulé et d'un silence intérieur relatif, nous allons pouvoir entrer dans une perception énergétique tangible. La vision énergétique du monde suit la cosmologie taoïste, tout étant une manifestation d'une réalité unique, non manifestée, que nous nommons le Tao. Par une connexion à cette énergie, nous sortons de la pensée et du temps. Dans une écoute totale, non commentée, de notre vibration en résonance avec le Tao, nous quittons le mondain et le conditionné pour retrouver la simplicité de la sensation. Dans cette vibration, en restant dans le respect du travail en amont, l'esprit est silencieux et le corps disponible : par excellence, nous sommes prêt à tout sans n'attendre rien, nous sommes dans une possibilité de réaction détendu aux changements perçus. Cet état est aussi utile dans l'écoute d'une personne, dans la marche à pieds que dans le combat de survie.

Le travail décrit jusqu'ici est suffisant pour être disponible à l'état naturel de bonheur qui devrait nous émerveiller chaque jour… cela n'est pourtant pas toujours le cas. Le monde est en changements perpétuels, même dans une non résistance très taoïste, nous allons "subir" la vie avec les bons et les mauvais cotés. La détente du corps-esprit permet de surfer sur notre quotidien sans se "noyer", d'être prêt pour toutes les bonnes surprises qui se dévoilent à nous, avec ce sens de l'humour cosmique que la vie adopte. Nous pouvons aussi décider que nous voulons fusionner la vie et notre pratique pour aller au cœur de l'enseignement : c'est la phase spirituelle et initiatique de la Voie qui dépasse les limites de notre sujet.

  Voilà !

samedi 21 septembre 2013

La voie Taoiste: une architecture Traditionnelle

La globalité des théories taoïstes permet de pouvoir faire des rapprochements entre des domaines apparemment très différents : l'astronomie et la physiologie, les arts de combat et la cuisine, la médecine et la décoration d'intérieur, etc…

Nous allons voir maintenant une comparaison entre l'architecture et l'aménagement de l'espace d'une maison traditionnelle et la structure d'une voie traditionnelle taoïste (plutôt clanique et familiale que religieuse).
Pour ceux qui ont déjà lu les textes présentés dans ce site, il sera clair de voir les différents niveaux de compréhension. Pour les autres, ce sera une invitation à lire les autres textes.

Une demeure traditionnelle est entièrement fermée, elle n'a pas d'ouverture sur le monde… En apparence. Les habitants de la maison vivent dans le monde parce que la maison reprend la cosmologie taoïste : c'est un univers dans l'Univers dont les limites ne sont qu'irréelles.


1 - La porte d'entrée


Sans entrer, il n'est pas possible de juger de l'étendu de la maison, de sa beauté ou de sa complexité. Ceux qui restent à l'extérieur ne peuvent que supputer quant au contenu de l'intérieur.

La vision de l'extérieur ne peut amener que des jugements basés sur l'ignorance de la réalité ou des commentaires fondés sur des ouï-dire : seuls ceux qui ont pénétré dans la demeure peuvent parler justement de celle-ci.

2 - Les dépendances


Dans un temple, ceux qui dorment avec "un mur dos à la porte" (le seul de la maison) sont les serviteurs et les aspirants moines. Dans une habitation de gens riche, le personnel de maison occupe cette partie de la demeure. Dans une école d'arts martiaux, ce sont les jeunes aspirants et les serviteurs qui demeurent dans cette partie de la maison. Pour résumer, tous ceux qui ont pénétré dans les limites de la maison mais qui ne font pas encore partie de la "famille" sont là ; c'est-à-dire, tous ceux qui rentrent pour une durée trop courte pour êtres connus ou ceux qui ne veulent pas être connus. C'est une partie qui est autonome : il y a des cours, des cuisines, des chambres mais aussi un accès à l'eau. On peut très bien passer toute sa vie dans cette partie de la maison sans jamais avoir besoin de quoique ce soit d'autre…

Il y a une rupture assez importante entre la porte, les dépendances et la partie "publique" de la maison. Dans les règles de l'hospitalité, certains voyageurs peuvent dormir dans cette partie de la maison sans jamais "entrer" vraiment. De même, des serviteurs, des cuisiniers, peuvent y travailler toute une vie sans jamais voir l'intérieur de la première cour.

3 - La première cour


Dans la maison traditionnelle, la cour est un espace de vie important : il y fait chaud une bonne partie de l'année, les activités se déroulent en extérieur. Il y a deux cours : celle qui accueille tout le monde et celle qui est réservée à la "famille" ou à ceux qui sont "connus". La première cour est dépouillée et adaptable pour toute activité, la deuxième est fleurie et personnalisée à l'image du maître de la demeure : il est impossible de connaître l'esprit du lieu par la première cour comme il est aisé de comprendre qui est le propriétaire par la vision de la seconde cour. Il est important de voir que chaque partie de la maison est séparée des autres parties par des portes. La porte, les passages et leurs accès sont très importants dans le symbolisme chinois. Les portes sont souvent fermées, et, par conséquent, pour les passer il faut les ouvrir.

4 - Les chambres des fils ou des invités


Il y a toujours deux emplacements pour les chambres des invités (ou des fils si c'est une maison familiale) : un qui donne dans la première cour et un qui donne dans "la partie haute". Seuls les invités qui sont des intimes sont reçus dans la seconde cour. Il est important de savoir que parfois des invités de la cour inférieure sont reçus dans la partie supérieure comme l'inverse peut être également vrai.

Ces changements sont des manifestations d'une évolution de la relation entre l'invité et le maître de la demeure mais aussi un aspect pratique : seul un intime acceptera de céder sa place habituelle à un visiteur de passage sans en prendre ombrage. Les changements de place dans la demeure peuvent prendre une multitude de significations.

Dans une école d'arts martiaux, seuls ceux qui peuvent assister à tous les entraînements peuvent être dans la partie "interne". Les chambres du haut leur seront donc uniquement réservées. Le maître s'entraînera le matin avec ses élèves dans la deuxième cour et plus tard seul dans son espace réservé : il ne doit pas confondre son enseignement et sa pratique personnelle, comme il l'enseigne à ses élèves.

5 - Le hall pour recevoir


Dans le cadre des relations sociales, pour les audiences importantes et pour certains enseignements "ouverts" ce hall est un peu le "faux" centre de la maison : c'est une réalité pour le visiteur mais juste la partie émergée de l'iceberg pour celui qui connaît la maison. Pour la plupart des visiteurs, il n'y aura jamais plus à voir. C'est la limite très importante entre ce qui se partage et ce qui reste dans "le secret". Si les réceptions ou les discours publics se donnent dans la première cour, les audiences personnelles et les "négociations" se déroulent dans ce cadre privé et "fermé".

C'est aussi l'emplacement de la porte qui sépare la première cour de la seconde…

Il y a maintenant une rupture plus grande encore entre ce qui est public et ce qui est du domaine privé du maître de la demeure et de ses disciples ou de sa famille. Nous entrons maintenant dans la partie cachée, qui est le cœur de la maison. Les gens qui rentrent dans cette partie sont "les disciples intérieurs", la famille proche, les invités de marque. Il y a toujours eu une différence importante entre les gens intéressés, les pratiquants, les disciples "de la première cour" et les disciples "intérieurs".

5 bis - La deuxième cour


La deuxième cour se doit de ressembler à l'esprit de la tradition du maître et de la pratique (dans le cas d'une école). Elle est très personnalisée et doit avoir un goût "unique". Elle dénote fortement de l'adaptabilité et de la neutralité de la première cour. Elle se découpe traditionnellement en plusieurs parties qui sont des "symboles de la pratique". Il doit y avoir de l'eau (mare ou cours d'eau), des plantes (fleurs et arbres) mais aussi des pierres et un pont si possible. Tout dans cette partie de la maison doit être en fonctions des concepts de la tradition.

6 et 7 - Les appartements du maître


Dans ce lieu, il y a les possessions du maître de la demeure et son lieu privé de pratique. Il y a non seulement sa chambre mais aussi sa salle d'entraînement, son temple et son armurerie. Selon qu'il soit laïque, moine ou maître d'arts martiaux, l'aménagement sera très différent. Ce qui est central sera le plus important : le temple ou la salle d'entraînement pour le pratiquant, un salon de réception privé pour un autre. Il possède deux espaces extérieurs, deux jardins qui peuvent aussi faire office de "temples" ou d'espaces d'entraînement.

On trouve également une place de choix pour celui qui doit succéder au maître : une des deux chambres peut être pour lui. Il est coutume de prendre un disciple ou son fils aîné pour un enseignement 100% du temps. Il va donc vivre auprès du maître au cours de sa fin de sa vie : le disciple ne peut, par conséquent, qu'être choisi tardivement.

Une autre maison : les mêmes symboles


Il se peut que la demeure soit plus modeste, moins étendue. Mais nous retrouverons dans les étages les séparations initiales. Si la deuxièmes cour est plus modeste et la première cour plus accessible, nous retrouvons la même symbolique

Voilà pour une vision de la maison Taoïste… de la tradition chinoise.

jeudi 5 septembre 2013

Age quod agis

« Puisqu'il en est ainsi, nous devons prendre encore plus au sérieux les enseignements que nous avons reçus afin de ne pas être entrainés à la dérive. »

Que sa recherche soit sur le souffle, « l’énergie » ou l’esprit, que sa voie soit globale ou non, la qualité première au centre des religions comme des mouvements d’évolution spirituelle est l’Attention.

Une attention à Dieu et à son œuvre dans les religions de dévotion, à la nature et à ses manifestations pour les animistes et une « présence à l’attention » pour les voies de non-dualité.

Dans le taoïsme des origines, loin des croyances populaires et pittoresques de la chine moderne, nous allons vers « le retour » ou le « un ».

Cette recherche de l’Unité, de l‘union des fonctionnements humains vers une compréhension intégrale, cette recherche demande une vision de la pratique des différents aspects de notre humanité : corps, souffle et esprit.

Mais quel que soit la facette que l’on veut développer, il y a trois qualités indispensables pour un pratiquant : l’attention, la compréhension et l’étude.

L’esprit, outil de la perception et de l’assimilation des conseils et des enseignements, est au centre des qualités requises : si l’enseignement n’est pas compris, il est impossible de le suivre.

La recherche de l’équilibre des facettes de l’esprit (planification, action, intuitif et instinctif), est un des « retour » qui nous guide vers le Retour global.

Plus l’esprit est « centré », clair et actif, plus il est possible de percevoir juste, de comprendre clairement.

L’esprit est l’outil de préhension du monde, il doit être fiable: c’est la qualité de compréhension.

Quand les questions et les pratiques sont posées pour l’esprit, il faut impérativement le tenir actif et à la limite de ses possibilités : il doit en permanence être dans un chalenge intellectuel qui l’oblige à « courir » après la connaissance, toujours un peu en retard…

Ainsi, dans notre tradition, on parle de garder l’esprit dans l’état de jeunesse de l’enfant. Les dernières recherches sur le cerveau tendent à supporter cette attitude.

Cela ne veut pas dire de ne rien faire, cela veut dire d’avoir trop à faire: C’est la qualité d’étude.

Mais avant tout, plus important que la compréhension et l’étude, il y a la source de tout cela, l’Attention. Il n’y a rien de plus important que l’attention.

L’étude correspond au Jing (l’aspect Yin), la compréhension au Qi (l’énergie) et l’attention au Shen (l’aspect Yang).

Par l’attention soutenue en permanence ( :-) ) nous pouvons rendre Yang, spirituel, tous les aspects de notre vie.

Mais quelles sont les composantes de l’Attention ?

L’attention est la qualité première du Zhen Ren, « l’être humain vrai » et c’est ce qui conduit au Zi Ran (naturel).

Elle demande trois choses : un corps fort, une vitalité débordante et un esprit centré.

Mais c’est cette attention qui est censée nous offrir ces bénéfices…comment faire alors ?

Le travail de l’attention demande avant tout trois choses que nous possédons tous :
  • La puissance de l’effort
  • La répétition de l’action
  • Le sens de l’humour
Nous devons comprendre ce que c’est d’être attentif, en faire le test, puis répéter cette action jusqu’à ce que l’attention soit stable.

Et le sens de l’humour ?

C’est ce qui nous sert le plus, sachant que nous n’allons pas réussir tout de suite…

Être attentif, c’est rechercher l’état de pleine conscience, cet état est un moment qui échappe à l’espace-temps et qui nous reconnecte à l’infini, au divin.

Cet état de pleine conscience, il échappe au mental, il est donc sans souvenir (espace) et sans durée consciente (temps), c’est un moment d’extase bénéfique qui nous connecte un temps à la Source, qui nous baigne de lumière.

Il peut arriver naturellement devant un paysage qui nous parle, avec une présence particulière, devant une œuvre d’art… Ou par une pratique consciente.

Il n’est pas possible de vivre ainsi, dans cet état excessif : il reste un moment particulier de liaison au plus grand, réservé à un moment de la pratique, c’est aussi un état de grâce.

Pour aller vers cet état salvateur, il faut rechercher une qualité première : l’Attention.

L’attention, c’est avoir à l’esprit ce que nous faisons, ce que nous percevons, sans (ou avec le moins possible) de commentaire du mental égotique : c’est être ancré dans le moment présent, vivant sa vie réellement.

Il suffit pour cela de rendre conscient notre action du moment, nos perceptions de l’instant…sans commenter, bien sûr !

Je mange un fruit et toute mon attention est sur le goût, sur la texture et sur la mastication, sans juger, sans commenter… Pouvez-vous faire cela ?

Sûrement quelques secondes, mais ensuite nous cherchons à commenter ce que nous faisons, comparons à des expériences similaires, partons sur des souvenirs réveillés par les sens stimulés… En gros, nous disparaissons de notre instant présent pour nous embourber dans les méandres crasseux de notre mental gluant.

Il suffit, et ce genre de phrase « il suffit » sont toujours traîtresses, il suffit donc de rester là, sans partir dans son esprit.

Comprenez-vous le souci ?

Voyez-vous votre commentaire interne quand je vous dis « Comprenez-vous le souci? »

Voyez-vous votre commentaire interne quand je vous dis « Voyez-vous votre commentaire interne? »

Vous percevez maintenant ce qui va poser problème.

Notre esprit n’aime pas ce qui est de l’ordre de la perception libre, naturelle, car elle échappe au contrôle du mental égotique: il lui faut donc s’approprier l’expérience en attachant au moment un commentaire superflu.

Pour aller vers l’absolu, il nous faut couper les amarres avec les limites de notre égo, il faut le baigner dans l’attention et l’instant présent jusqu’à ce qu’il déborde de conscience, nous donnant la permission de profiter de l’infini.

La répétition nous donne accès à la liberté.

Il est donc nécessaire de comprendre tout cela, de tester ces moments de conscience simples de l’instant et de chercher à répéter l’expérience le plus souvent possible : vous voilà embarqué dans le voyage le plus extrême que vous ferez dans votre existence, une porte vers les étoiles.

L’attention est ce qui fait le plus défaut chez un pratiquant et chez les gens en général, elle demande un travail laborieux et peu rétribuant, mais c’est la clé, le point de contact, vers une voie totale.

Heureusement, il existe nombre de pratiques, d’enseignements et de secrets qui vont cultiver cette attention, pour nous délivrer des chaines de l’égo.

Pour ceux qui ont eu la chance de faire leur initiation dans les secrets de l’alchimie externe taoïste, vous savez de quoi je parle…

vendredi 23 août 2013

L’entrée du Paradis a deux Portes vers l’Enfer

« Parcere subjectis et debellare superbos »

Dans le taoïsme classique, il est souvent fait référence au « Un », à ce retour préconisé dans le chapitre 40 du Daodejing.

Le retour à l’unité demande un travail spécifique, diversifié et faussement progressif.

Nous pouvons cependant dégager trois aspects principaux aux diverses progressions sur la Voie : un travail sur soi, sur le Monde et sur le mystérieux du Ciel.

Cette Voie entre Ciel et Terre est la spécificité taoïste.

Ce retour vers l’unité demande de disséquer notre être, notre vie, nos façons de faire et nos illusions, mais aussi de transmuter ce grossier en lumineux, c’est une Alchimie Globale.

L’entrainement sur la Voie demande de réaliser deux « Alchimies » :

  • Une de l’intérieur vers l’extérieur
  • Une autre de l’extérieur vers l’intérieur

Parlons de ce que nous connaissons bien, dans les différentes écoles de développement spirituel, et qui est le plus pratiqué : le travail de l’intérieur vers l’extérieur.

Par introspection, par recherche sur nous, nous développons une meilleure connaissance de soi.

Cette connaissance nous permet de travailler sur les différentes composantes comprises et nous allons développer tous les aspects qui font de nous des êtres humains, pour arriver à faire jaillir le « Zhen Ren 真人», l’être humain vrai, accompli.

Les dangers de cette étape, c’est d’en oublier la finalité, le monde, les autres…

Cet entrainement est censé nous permettre de mieux nous intégrer au monde, de mieux vivre avec les autres…sauf si nous sommes dans une pratique de retraite du monde (ce qui n’est pas le cas de notre École).

Encore une fois, cette partie de la Voie est d’aller de l’intérieur, notre travail sur nous, vers l’extérieur, le monde et les autres.

Le piège, c’est que dans le développement de soi, on laisse notre ego « exploser », notre individualité regarde le monde avec dédain, nous nous sentons supérieurs… Nous laissons une partie de la Voie mourir, nous nous arrêtons au point de contact avec le monde, à la limite de nos perceptions.

Il est vrai que le travail sur soi permet de mieux se connaitre, de mieux fonctionner dans le monde, d’avoir une vie plus facile, plus fluide.

Regardant ceux qui restent dans le mondain, il est parfois facile de critiquer et de juger : l’inverse de ce que nous dicte la Pratique.

Cet aspect de la Voie nous demande de faire transpirer les qualités de la Pratique dans le monde, avec les autres, pour illuminer notre monde, le rendre plus agréable.

Ce n’est donc pas un développement de l’intérieur vers l’ego, mais de soi au monde, de l’intérieur vers l’extérieur : c’est la voie de l’alchimie interne, ce travail de résolutions de mes soucis avec moi-même pour arriver à régler mes contrariétés avec les autres.

L’alchimie interne est donc une voie qui nous fait sortir de notre ego, pour que notre individualité raffinée puisse donner l’exemple dans le monde.

Les techniques partent du centre du corps pour monter au milieu de notre être et sortir vers le monde : le test n’est donc pas sur nous même, mais sur notre rapport au monde.

Le souci n’est pas vraiment le temps de pratique passé niaisement assis sur ses fondements, mais beaucoup plus la façon dont mon souffle permet une meilleure interaction avec mes voisins.

Le souffle est l’énergie, l’énergie qui m’est demandée pour accepter les avis différents, mais le souffle est aussi lié aux émotions, les émotions qui se doivent d’être stables pour accueillir la balourdise des incultes.

C’est donc vraiment un travail de l’intérieur vers l’extérieur.

Mais il y a l’autre voie, l’autre porte.

Négligée et dénaturée, souvent secrète, l’alchimie externe taoïste permet de se changer de l’extérieur vers l’intérieur.

Par les manipulations et les transformations qui se déroulent devant nos yeux, par les « miracles » qui se réalisent en grappe, par le temps passé à regarder le monde se transformer, nous arrivons à radicalement changer ce qui était « moi ».

Les prodiges de l’alchimie externe ont plusieurs aspects :

  • Les élixirs
  • La recherche de Jing
  • La cuisine
  • La médecine taoïste
  • La contemplation
  • La dissolution

Cette pratique nous oblige à constater avec amertume que nous ne sommes pas parfait et que le travail va être long : elle expose notre besoin d’être rassuré, notre incapacité à la Présence, l’impossibilité de notre égo à suivre des instructions ou encore notre supériorité assumée.

Mais voilà, si parfois on peut se cacher dans sa pratique interne, en filtrant avec ruse nos mensonges les plus gras, la pratique externe ne trompe pas : ça marche pas !

En effet, en suivant les instructions, en se laissant aller à une bonne dose d’attention, en faisant comme on nous a dit : ça marche, le résultat est devant nos yeux, réalisé.

Encore une fois, quand nous essayons les premiers coups, ayant fait fi de nombreuses instructions, mal comprises ou trop simples pour nous, mal écoutées parfois, nous sommes devant une réalité écrasante et intraitable, une évidence flagrante et vraie, une certitude qui prend racine dans la matérialité : « ben, ça marche pas ! »

Quel que soient les croyances les plus grandioses que l’on puisse avoir sur son évolution, quel que soient les mythes majestueux que l’on ai construit sur sa grandeur d’âme : le résultat n’est pas là.

C’est la force de la voie externe, elle nous ramène au réel.

Que cette voie soit première ou en support de la voie interne, les deux aspects de la Pratique nous aident à ne pas succomber au matérialisme spirituel et à nous garder la tête hors d’endroits où elle ne devrait pas être.

Ces deux aspects révélés de la Voie nous donnent une intégralité de Pratique qui nous sauve des aspirations grandioses et de la stupidité obscène : nous ne pouvons succomber au médiocre avec autant de garde-fou.

Quel joie de savoir que nous sommes obligé de contempler notre incompétence pour aller vers une sublimation consciente : deux Portes pour équilibrer notre Recherche.